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01/03/2010

MAUVAISE FOI

Je suis de mauvaise foi.

Mais qui ne l'est pas ?

A ce sujet, je vais donc parler avec une mauvaise foi évidente de ce qui me paraît être un film majeur de l'histoire du cinéma contemporain.

Et même s'il a été moyennement accueilli par une certaine critique, et justement pour cela, je tiens à le défendre.

Dimanche soir, j'ai vu Shutter Island.

Globalement, je me fiche de l'histoire principale. Si on la regarde en apparence, on n'y voit qu'un thriller standard, une histoire d'arroseur arrosé que le cinéma américain sait si bien nous servir à l'envi.

A mieux y regarder, on peut deviner d'autres perspectives, des mises en abyme si chères à nos intellectuels franceculturisants.

Un exemple, l'évocation des camps de concentration, qui furent en leurs temps un modèle de déni, une source d'embarras pour bien des états libérateurs, notamment et justement les Etats-Unis. Qui se souvient du temps de latence qui précéda leur reconnaissance pleine et entière ? Qui se souvient du flou artistique qui prévalut alors qui s'agissait avant tout de yaltaïser l'Europe ?

Par un jeu de miroirs, le héros de Shutter Island devient un archétype du peuple américain WASP qui, confronté à une horreur sans nom, en oublie par là même celles dont il est responsable.

Où est la Vérité ? Où se cache le mensonge ? car si la Vérité est à la fois immuable et intangible, le mensonge est lui, mobile et bien palpable.

Shutter Island devient le lieu de convergence des souvenirs tronqués et truqués, le tapis cache poussière dont l'horreur apparente masque de bien plus terribles réalités.

Nous sommes tous des îles, de frêles récifs nous rattachent les uns aux autres, et nous formons un vaste archipel d'incohérences ; nous aimerions confier au Grand Géographe de l'Univers le soin d'y mettre un ordre et nous faisons semblant d'y croire.

Et comme nous savons, au fond de nous, que ce n'est qu'une vaine aspiration, nous faisons le choix de la lobotomie.

L'oubli partiel.

La mauvaise foi.

Ce que nous sommes, des croyants partiels, des agnostiques timorés, des athées terrifiés par le vide.

En disant cela, j'ai conscience d'être de mauvaise foi.

Et je dois dire que j'y prends un certain plaisir...