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20/10/2016

ANTI CONTE DE FÉES

Il était approximativement une fois, ne comptez pas sur moi pour conter précisément, dans une lointaine contrée (non mais, je ne vais pas vous préciser en plus la Longitude et la Latitude du lieu en question, de toute façon tout le monde s'en fiche de l'endroit exact, du moment que les narrations féeriques remplissent leur rôle qui est, je cite Bettelheim :  "une intégration du moi qui permet une satisfaction convenable des désirs du ça.", alors que les mythes, je re-cite Bettelheim et ensuite il sort : "«mettent en scène des personnalités idéales qui agissent selon les exigences du surmoi" Donc, certain protagoniste de cette mirifique histoire est prié de ne pas se prendre pour un mythe... mais qu'est-ce que je fais dans une aussi longue parenthèse, si ça continue, c'est mon conte à dormir debout que je vais mettre, justement, entre parenthèse ?)

 

Ploum ploum

 

Il était une fois, justement, un Prince entre parenthèses qui dormait debout...

(Non, ça ne va pas, d'abord dans les Contes, ce sont les princesses qui s'endorment tandis que l'Adamant de service, l'air aussi niais que le Ken de Barbie mais beaucoup moins bronzé, s'extirpe d'une inextricable jungle (donc pas si inextricable) afin de tirer la belle (non j'ai pas fini ma phrase) d'une profonde léthargie (quand on connaît la suite de l'histoire et qu'on voit ce que devient la merveilleuse princesse... hum hum, on se demande si le dit Prince n'aurait pas mieux fait de partir étudier la méditation transcendantale auprès du Boddhidharma en personne))

 

Je reprends...

 

Il était une fois, mais pas deux, hein, je vous avertis, ce genre de niaiseries ne se reproduit pas, Dieu (ou je ne sais qui) merci, dans un merveilleux pays où tout le monde était merveilleux, le Roi tanqué sur son trône tel un constipé chronique et le bon peuple qui, on le sait, ne peut être composé que de gens merveilleux qu'il convient de défendre contre les terribles prédateurs sociaux, qui, on le sait, ne sont pas issus du même peuple mais d'une engeance certainement produite par le Saint-Esprit... Oui, tout respirait le bleu et le rose, les oiseaux gazouillaient dans les branches, on ne tuait pas les animaux, on ne cueillait pas les fleurs, personne ne mourait et tout le monde était gentil avec tout le monde. Bref, on s'emmerdait profondément (n'y voyez aucune allusion à la posture hiératique du monarque sus-nommé).

 

Dans ce merveilleux pays, sans doute le fruit de la rêverie d'une Candy sous acide, tout le monde était donc heureux. On va finir par le savoir. A une exception près. Le Roi avait une fille. Il lui avait donné le nom étrange mais fort honorable de Nyctémère Volubile. Et croyez-moi, c'était point usurpé. Elle jactait nuit et jour, et ce n'était pas de l'eau de Rose qui sortait de sa bouche.

 

Elle s'échinait à convaincre les habitants de la Merveilleuse Contrée qu'ils auraient mieux à faire de se désoler plutôt que d'arborer leur éternel sourire béat qu'on ne voit plus chez nous que sur les emballages d'une certaine pâte dentifrice totalement inefficace d'ailleurs.

 

"Trouvez vous tant de raisons de vous réjouir, ineptes occupants d'une tout aussi inepte royauté ? Vous allez rendre grâce au Roi mon Père mais pourquoi ? Les oiseaux chantent, certes, mais ils nous les brisent aussi. Et ce crétin de soleil qui brille toute l'année, et ce foutu zéphyr et ces myriades de papillons qui agitent bêtement leurs ailes ! Ici, jamais un orage désiré, point de dragon mugissant pour nous faire trembler dans nos chaumières, pas une nuée de criquets pour dévaster la "profonde houle et l'océan des blés", aucune myxomatose pour éradiquer notre population de lapins crétins, nulle méchante sorcière menaçant de ses crocs magnum les gnards aux têtes blondes qui éructent leurs comptines débiles à la sortie de l'école !"

 

-Comment la faire taire, ô bon roi tanqué sur son trône ?" murmurait doucettement le peuple acouphénisé (car ici le bon peuple savait se tenir, il ne montait pas sur des barricades, il ne se promenait pas ostensiblement sans culotte et ne protestait pas citoyennement à coups de pétitions)

 

Le Roi, sorti de sa léthargie entérologique par tant de remue-ménages décida de prendre des mesures conservatoires. Il convoqua la casse-burnes officielle et lui tint à peu près ce langage :

 

"Ma fille, ma douce Mie

Telle le Diogène d'Antique Mémoire

Vous jouez les taches et la Lie

Allez donc vous faire voir

Ailleurs bien loin de ce Pays

Vers celui de la Tourdyvoir

Là vit un beau Prince endormi

Après maints et maints avatars

Si vous parvenez jusqu'à lui

Vous en perdrez votre Crachoir"

 

"Peuh ! répondit la Princesse. Même pas peur. C'est pas un de ces pondeurs de vers de mirliton qui me jouera la Flûte Enchantée. Du pipeau ces princes narcoleptiques ! Vais lui jouer du Cor à Cor le soir au fond des bois, il verra de quel Hautbois je me chauffe !"

 

Et elle alpagua un fier destrier (qui, du coup, ne faisait plus le fier) et fonça, tête baissée vers la mystérieuse contrée de Tourdyvoir.

 

Tout d'abord, les habitants lui parurent semblables à ses compatriotes. Tout aussi à la coule et pépère. Mais un rien austères. Chaque éclat de rire était ponctué de micro-analyse lacanienne, toute contrepèterie exégèsisée par Saint Barthes et Saint Lamy, chaque églogue tempéré d'un zeste de cafard urbain, bref, la vie champêtre se devait d'être une prise de tête.

 

"Foutredieu ! sont-ils pires que les miens ? Je m'en vais leur claquer le bec illico"

 

Et elle se tint sur la place du village, bien campée sur ses deux gambettes et se mit à leur jouer du Fortissimo.

 

'Hola les clampins d'intellos ! Vous vous tournicotez les neurones à coup de psychanalchimie, vous raillez l'égrillard et le paillard, pour vous le langage est en tutu et en talons pointus ! Jurez, blasphémez, orgisez que diable !"

 

Elle eut cet effet statufiant sur la Céesspéplusse (c'est ainsi qu'on nommait la populace locale), effet bien connu et développé par Melle Médusa Gorgona dans son fameux essai : "Comment que je te transforme le hareng moyen en stockefishe en dix leçons et fuck Caravage de m'avoir refait le portrait en tronche de Gobi"

 

"Hé ho les bourges décalés ! Où qu'il est votre lénifiant Prince d'Hallu ?"

 

Après moultes palabres, elle finit par plus ou moins parlementer avec celui qui paraissait être leur chef et dodelinait du chef, d'ailleurs, en tentant de raisonner la Furie surgie de nulle part (enfin non, du Pays Merveilleux genre Bisounours, mais "nulle part", ça fait plus « staïle » quand même...)

 

"Hélas mademoiselle. Notre Prince est victime d'un Désenchantement. Nous débattons depuis tant d'années pour savoir s'il s'agit de léthargie post-traumatique ou bien d'hypnose pré-pubère. Bref, tous nos psychothaumaturges sont impuissants à le tirer hors des griffes de Somnus"

 

"Fichtre l'ancêtre ! voilà un bien circonlocutoire charabia pour dire, tout simplement qu'il pionce ton Prince tombé des Nuées ! Tu vas voir s'il me résiste, si je lui prouve que j'existe !"

 

Et la Princesse Nyctémère Volubile parvint jusqu'au Prince.

 

Ce qu'on avait omis de lui préciser c'est que c'était un Prince Particulièrement Mignon. Et, de surcroît elle fit un tel raffut de tous les Diables, tout à la fois Trompette de Jéricho et Grandes Orgues de Staline, que le Prince Particulièrement Mignon mit un pied à Somnus et remonta illico à la surface.

En s'éveillant, il émit un de ces soupirs comme on n'en entend que sous le Pont d'une Lagunaire Cité Lunedemiellesque et la Princesse, pour le coup, à l'instar d'un célèbre braillard franchouillard, cassa sa voix sur le Champ catatonique..

 

Ben il est temps de conclure, car votre Obligé Narrateur fatigue...

 

Nul ne sait ce qu'il advint après, ni s'ils furent heureux etc.

23/04/2010

Holo Tueries

(ou : quand les bizuthages virent au biturage...)


Il me semble bien que nous étions à Venise...

Nous approchions de la Place Saint Marc et de la fin du siècle. Nous étions jeunes et aussi largués que les amarres du Vaporetto qui nous rapprochait de la Cité Sleeping, du Temple de la Lune de Miel. Ce présage augurait des amours éternelles. Nous nous trompions pourtant. Sous les eaux troubles de la Bella Donna, il y avait le poison des jeunes idiots, l'impatience.

Maria, Sandrine, Alain et moi. Un quatuor de sérénades sur fond de lamento grinçant. Un quatuor de cordes à se pendre.

George était morte et Alfred ? Alfred courait les Georges. Les Amants de Venise ne s'étreignent plus que dans les cimetières. Nous croyions que l'amour était encore une Valeur Culturelle Intangible, alors qu'il n'a plus pour les Mortels des Communs qu'un arrière-goût de Cul de Praline.

"Une friandise, Monsieur ? Un petit four Madame ?" - Pas d'amour surtout ! Vous comprenez, mon ulcère du coeur, ma gastroentérite vaginale... L'amour c'est corrosif et indigeste. Un vice coûteux qu'on ne peut plus se permettre à notre âge...

C'est pourquoi, peut-être, j'ai vu Venise telle une tombe, et nous, quatre fantômes en visite au Sanctuaire des Liaisons Doucereuses.

Alain qui aimait sans fin, Maria qui aimait trop loin, Sandrine qui aimait trop bien, et moi qui n'aimait plus rien.

Etranges pèlerins, nous avons fui les lieux infestés de Touristicus Blattus. Nous avons longé les rues désertes, traversé des places silencieuse, dans le calme et le bonheur le plus absolu. Nous avons pleuré de rire pour la dernière fois. Après, nous avons pleuré tout court.

Venise sentait bon le bateau et l'oiseau. Venise était blanche et irrationnelle. Nous aurions voulu tomber amoureux, mais personne ne nous a vus. Nous avons salué et repris le Vaporetto sur le retour.

Quelques autres spectres nous accompagnaient. Et le reste de la troupe, des vivants, des bons vivants même, qui ne nous voyaient pas. Il me semble bien qu'ils riaient. A cet instant, il aurait été bon de tout lâcher.

Comme les crachats des Dieux, le long d'un égout sans fin, nous allions regagner la Phocéenne.

Quelqu'un a parlé d'holothuries, dans un livre de Moravia. Elle s'appelait Desideria. J'ai regardé dans le miroir sans tain de la lagune. A cet instant, j'ai vu nager quatre tubes, complaisammant animaux. C'étaient peut-être nos reflets, tout simplement.

Quelqu'un a jeté une pierre ou bien une larme dans les eaux saumurées. L'instant d'après, il n'y avait plus rien.

...

Au petit jour, j'ai vomi sur le trottoir. Nous étions arrivés à Marseille.

Septembre 1992

Marseille est la plus belle ville du monde quand on ne s'est plus jamais couché et qu'on se réveille d'un long rêve douloureux

Dix heures du matin et je ne suis plus là et je suis le sillage d'un temps éperdu que tu promènes avec toi

Et je suivrai pas à pas le chemin que tu traces plutôt en être l'ornière que dévier de ta route

Les seules dérivations seront celles de mon âme appauvrie par les hommes de petites vertus et l'enivrement accessoire

Je suis morte aujourd'hui j'ai déchiré ce corps et foulée à tes pieds attachée à tes semelles tu ne me verras pas

Je suis la particule infime que tu trimbales sans t'en douter le grain de sable infiltré dans un voyage dont il ne reviendra jamais

20:23 Publié dans Memorandum | Lien permanent | Commentaires (0)