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04/03/2012

Destination Inconnue

On creuse la tombe de sa vie en se prenant des pelles et l'on arrache les pissenlits par leurs pétales et non par leurs racines...

25/01/2012

EXTASE GUSTATIVE

J'ai un coeur en forme de millefeuille
J'empile les amours roboratives
De la crème pastissière (sic)
Sur mon rouleau de pâtissière
Et puis j'enfourne la plaisante sucrerie
Et défourne la plaisanterie sucrée
De temps j'en détache une feuille
On voit si peu la différence
C'est bien ça l'avantage
De la consommation simultanée
On a toujours quelque croquante mise en bouche
A se mettre sous la dent...

29/08/2011

TROU DE VERDURE

C’était franchement le style trou de verdure où chante une rivière, du genre rengaine tenace quand l’insomnie vous taraude au petit jour…
Vous savez le genre de paysage bucolique et pittoresque qui vous paraît séduisant alors que vous essayez péniblement de vous frayer un chemin, rue de Rivoli, au quatrième étage du BHV, rayon Luminaires, un soir de 24 décembre, alors qu’une horde de gnards tous plus décibéliques les uns que les autres tirent la manche de leurs mères, toutes plus fatiguées et éméchées les unes que les autres, pour les entraîner vers le Sésame absolu, sis au cinquième, l’alibabesque et caverneux antre du Ludo-Educatif Made in China…
En ces instants peu glorieux, préliminaires à ces réjouissances collectives dont plus personne n’a rien à taper, sinon pour faire de la retape à mémé qui a l’oseille ou épater le voisin qui a chopé un sapin anémique moins grand que le vôtre, on se dit qu’on aimerait bien finir dans ce genre de No Man’s Land champêtre, assis sur un rocking chair, en sirotant une liqueur de génépi homemade, au son de la dite rivière qui fait son Charles Trenet, en guettant le retour de votre Sam Shepard local, de votre Robert Redford perso, revenant d’un abattage sylvicole, chemise à carreaux trempée de sueur, entrouverte sur un torse imberbe et parfaitement bronzé, et qui dissimule mal son épuisement bucheronnesque derrière un sifflotement aigrelet, genre « je suis les sept nains à moi tout seul qui rentrent du boulot », et pour en rajouter, va vous la jouer :  « Honey… j’ai encore de quoi me faire un rondin de plus, viens donc par là que je te tronçonne à qui mieux mieux »…
Le pauvre chéri finira bien par crier grâce mais non sans vous avoir scotchée aux branches, décimée jusqu’aux racines et débitée en allumettes jusqu’à s’en arracher la peau des mains…
Ouaip, c’est le genre de cambrousse où l’on rêve d’aller, un ranch dans le Montana version chalet dans les alpages, une petite maison dans la prairie pour urbains désenchantés…
Mais il m’en a fallu des années, des tas de Noël en boîte de conserve-même-pas, passés au milieu des sardines parisiennes, pour avoir la chance de remonter le GR même plus tracé, faute de randonneurs, pour parvenir jusqu’à cet ermitage accroché à la colline, où l’on vient à pied, où on ne frappe pas, parce que celui qui vit là, a jeté la clef…
C’est lui qui oscillait sur son rocking-chair, sirotant son génépi, alors que j’arrivais, transpirante, fort heureusement pas en chemise à carreaux entrouverte sur mon torse à peine plus rebondi que le sien… Il faisait plutôt genre Clint Eastwood dans Gran Torino, mais quoi, cela ne le rendait que plus beau et étourdissant… Car au fond, il avait toujours son allure jupiterienne, son regard d’acier faussement réprobateur, ses lèvres tremblantes de « j’ose pas mais je voudrais bien » et ses grandes mains posées sur ses genoux adolescents…
Bon sang que je devais avoir l’air gourde avec mon polo Ben Sherman et mes docs argentées flambant neuves, dans ces verts pâturages, au milieu des marmottes et des edelweiss…
— Tu as tout d’un patriarche biblique, ou mieux, d’un prêtre de Beltane…
— Tu as tout d’une Parisienne égarée dans la cambrousse…
— Je suis sûre que tu n’es pas ravi que je sois là…
— Ca c’est une antiphrase, si je ne m’abuse…
— Ca c’est une ignoratio elenchi, en gros une anguillerie, si tu préfères…
— J’ai eu tout le temps de potasser les figures de rhétorique, en attendant…
— Moi j’ai eu le temps de rien faire pendant toutes ces années…
— Et tu as fait.
— Bof, pas grand-chose…
— Encore une antiphrase, tu te répètes…
— Je suis surtout la reine de l’amphigouri…
— Et moi le roi des cons.
— Là, pour une fois, on est d’accord.
C’est en général à ce moment-là que s’installe un silence pesant, quand les deux protagonistes en sont arrivés au stade du consensus. Beaucoup peuvent trouver cela gênant, en l’occurrence, c’est pour moi l’occasion, non de clore le bec de mon joli clergyman rougissant, mais de l’empêcher de l’ouvrir à nouveau.
Il suffit de s’asseoir sur ses genoux et de lui susurrer à l’oreille :
— Dis à tes yeux qu’ils arrêtent de répéter « je suis un con, je suis un pauvre con » et fais-moi faire un tour de rocking-chair, je suppose que les vaches et autres ruminants qui éventuellement vont regagner leur étable à cette heure vespérale ne nous en voudront pas de jouer un remake archi-hot de l’Angélus de Millet, non ?

Bref, un trou de verdure, où, pour une fois, la rivière a fermé son clapet et m’a laissée chanter toute seule…