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23/05/2012

L'ILIADE UNDERGROUND

Une légende carrément urbaine et fort peu civile raconte qu'en des temps immémoriaux et franchement datés, vivait un preux chevalier à l'austère figure dans une contrée lointaine, réputée pour ses statuettes ridicules que des générations de bouffeurs de dinde s'échinaient à coller sous un sapin anémique, chaque année, en vertu d'une coutume désuète, consistant à célébrer la naissance de l'Imbécile Nazarethéen à la Résurrection Improbale se proclamant Fiston de la Drag Queen Yaldabaoth. A part ça, on ne trouvait là-bas, de notable, qu'une garnison de légionnaires bombeurs de torse, qui ne pratiquaient plus la tortue romaine que bien bourrés à l'absinthe locale, alors que la moiteur estivale, la promiscuité virile et les vapeurs pastagales éveillaient en leur sein palpitant des ardeurs charnelles trop souvent réprimées par un exercice martial quotidien.
Bref, à part les touzards à képi blanc et les bouffons d'argile qui se tapaient lou ravi de la crèche, on peut pas dire qu'on s'éclatait grave dans cette bourgade archi-provinciale.

Ce devait être sans doute pour ça que le preux chevalier à l'austère figure passait ses journées à se ronger les ongles, trifouiller sa collection de guitarkidémange, se livrer à la rédaction d'obscurs ouvrages évoquant la manière de couper les cheveux en quatre et inventer l'eau tiède pour mieux se projeter dans un hypothétique avenir managérial dans lequel le salariat à la masse se plongerait tel un moribond dans une eau de Jouvence.

Bref, le chevalier à la triste figure (ben oui, elle est encore triste à ce stade du Conte, pourquoi voulez-vous qu'elle ait changé en trois minutes, d'autant plus que je viens d'évoquer, en dernier lieu, celle de ses activités qui le plongeait le plus dans l'affliction... re ben oui, ça vous exciterait, vous, de bavasser à longueur de pages sur les mille et une manières de développer sa machine à faire des pépettes superfétatoires sur le dos des cons qui feraient mieux d'épargner leur pognon et des employés qui feraient mieux d'épargner leurs efforts ? Ainsi que le disait mon vieux Maître Sumer Kantil : "Aucun écot n'omit le con"... je sais pas pourquoi ces analphabètes du Péloponnèse ont traduit cela par οἰκονομία. Autant dire que c'était sans doute pour faire leurs intéressants, comme d'hab.)

Je m'égare, d'autant plus que la lointaine contrée était terre ancestrale Antilibérale, adepte de la grosse pensée Rouge qui Tache, ce qui rend d'autant plus suspecte toute activité vantant les mérites des atomes mercantiles de l'Omnium Mégaplanétaire Capitaliste.

Qui sait ? C'est peut-être pour cela que le preux chevalier à l'austère figure se murait dans une forteresse auprès de laquelle le Krach aurait semblé la baraque en fétu de paille de Nouf-Nouf, le plus crétin des petits cochons.
Je ne serais guère étonnée qu'il ait ainsi voulu échapper à la vindicte des ses anciens camarades de combat, les dits Kryptotrotskistes, une confrérie internationale dont les principales activités consistaient à vouloir établir :
1) La Révolution Permanente (ceci explique sans doute que nombre d'entre eux aient mal tourné)
2) La Révolution Mondiale (ceci explique sans doute que nombre d'entre eux aient plongé gaillardement dans les bras enjôleurs de la Déesse Globalisation)
3) L'Entrisme (d'aucuns prétendent qu'il s'agit de la 65ème position du Kama Sutra, figure improbable par laquelle le baiseur se retrouve baisé lui-même par sa propre entremise... abyssale perspective sur laquelle il convient de ne pas trop s'étendre et de jeter un pudique voile...)

En gros je résume : le preux chevalier à l'austère figure vivotait dans un gros Castel  meringué et praliné, muni de moults ponts-levis maintenus par des chaînes en acier trempé de chez Armital, ceint de murailles infranchissables en béton de chez Bouygues et truffé de nombreux pièges domotiques ultra-sophistiqués de chez Siemens. Autant dire : une Citadelle imprenable.

Et le preux chevalier à l'austère figure aurait sans doute goûté à jamais une paix royale, si d'aventure, il ne s'était mis en tête de réveiller son Korg MS-20. Kézako me crie le lecteur ignare ? Je répondrai qu'il s'agit, grosso modo, d'une sorte de dragon de fer d'origine nippone, cracheur de décibels enflammés, et producteur de cris tout aussi stridulents que dissonants, et qui aurait fait s'arracher les cheveux de rage, de tout bon Kapellmeister qui se respecte - vous savez, les gars à perruque et qui se prenaient le chou à composer des brandebourgeoiseries sur des instruments fort peu ergonomiques ?

Donc le Korg MS-20, caressé par les longues mains expertes - élégantes, malgré leur inquiétant état de rongitude ongulaire - du preux chevalier à l'austère figure, émit son premier couinement depuis un paquet d'années, depuis le jour où il avait été remisé dans les oubliettes du Castel, prenant l'eau, la poussière et les toiles d'araignée.

Ce couinement était certes modeste, mais par un étrange effet acoustique, il se propagea à travers les souterrains du château, rebondit de collines en collines, virevolta de ça de de là pour venir, mourir, finalement, des dizaines de kilomètres plus loin, sur les tympans d'une espèce de Femme de la Mancha, de cette sorte qui se bat contre des Moulins à Vent (alors que ça fait bien longtemps que les minoteries industrielles Storione ont remplacé ces bucoliques accessoires de tout pittoresque tableautin pour peintre du dimanche qui se respecte, certes, mais ne respecte pas le bon goût des autres...)

La Femme de la Mancha aurait pu se sentir agressée par une telle intrusion sonore, d'autant qu'elle était en train de rédiger ce qu'elle considérait comme son Graal Livresque, un obscur opuscule destiné à réveiller de leur léthargie chronique les hordes consuméristes qui préféraient hanter les marécageux chausse-trappes du Mordor local, une sombre contrée dénommée Plandekampâgn, plutôt que les allées désertées et poussiéreuses des bibliothèques locales : "Les Nécronomistes ou Comment, au lieu de lire les Oeuvres de mon Pote Herbert Marcuse, bande de cons, z'êtes allés encore faire les courses à Carrouf, un samedi, aux heures de pointe et z'êtes tapé trois heures de queue à la caisse automatique qui refuse à présent votre CB au prétexte qu'elle est illisible, et qu'en plus, y'a aucune hôtesse pour vous dépanner, suite à un énième plan social, et que le dirlo local refuse de quitter son bureau-bunker-forteresse autrement qu'en parachute doré". Certes, le titre était quelque peu indigeste et excessif, mais ce n'était rien à côté des 4.378 chapitres, tout pleins de récriminations, aigreurs et autres arc-boutages de mauvaise foi, tirant à boulets rouges sur tout ce qui fait la grandeur et le caractère immarcescible de notre bonne vieille civilisation mercatique.

Bien au contraire, elle trouva dans le couinement dudit Korg MS-20, comme une résonance à sa propre rumination post-nietzschéenne.

"Foutredieu ! Voilà bien la plus agréable modulation de fréquence depuis que Luciano Berio a rejoint sa Berberian, à l'instar d'Orphée pleurant son Eurydice !"

Veuillez l'en excuser, chers lecteurs (je mets un "s" à lecteur, c'est purement rhétorique, rassurez-vous), cette Femme de la Mancha ne pouvait ouvrir la bouche sans pratiquer le name-dropping et l'amphigouri métaphysique, ce qui la rendait particulièrement difficile à suivre et à supporter.

Elle tendit à nouveau l'oreille mais en vain.

De l'autre côté des montagnes, le preux chevalier à l'austère figure, effaré de son propre geste inconsidéré, avait immédiatement tourné le dos à son instrument maudit, et se précipitait dans l'étroit corridor menant aux 27.564 marches en colimaçon le ramenant au rez-de-chaussée de son 2330 m2 (avec cuisine intégrée, s'il vous plaît). Il s'épongea le front et émis un de ces soupirs d'enfant égaré comme seuls les preux chevaliers à l'austère figure peuvent en émettre lorsqu'une trop forte émotion a envoyé dinguer aux oubliettes le Surmoâ, leur sourcilleux Doppelgänger. Malheureusement, Surmoâ aussi avait de sacrées bonnes jambes et il eut tôt fait de remonter les 27.564 marches et de fondre sur l'impudent qui avait osé réveiller ce fameux "temps qui passe" et "ne se rattrape plus".

Sans un mot, Surmoâ tendit son long bras blafard et son index impérieux. Il indiqua la direction du bureau au preux chevalier à l'austère figure, lui intimant l'ordre d'achever le prochain chapitre de son ouvrage, ci-dessus évoqué. La mort dans l'âme, notre héros revint donc se visser à son fauteuil ergonomique et s'attela, sans trop y croire, aux stratégies de fidélisation, lui qui pourtant, depuis des lustres, était un expert mondialement reconnu, des dites stratégies.

Fort heureusement, pour le distraire de cet épouvantable pensum, un non moins épouvantable vacarme se fit entendre au pied du Castel. Le preux chevalier à l'austère figure monta illico sur la terrasse et passa la tête par le premier créneau venu.

La vision qui s'offrait à ses yeux lui donna instantanément l'air de ce fameux Drag Queen des profondeurs marines, l'Epinephelus Marginatus. En gros, il regardait en bas en faisant des yeux de mérou.

Mais que regardait-il donc ?

A votre avis, vous croyez que la Femme de la Mancha allait s'avouer vaincue et retourner à ses fulminantes occupations sans avoir au préalable identifié la source de cette sonore intrusion auriculaire ?
Durant des semaines, elle chevaucha à travers de vastes territoires, haranguant les malheureux passants, les sommant de lui indiquer l'endroit d'où provenait ce son dont ils n'avaient, bien entendu, jamais entendu parler.

Elle aurait pu chevaucher ainsi jusqu'à la fin des temps si, par hasard, ne s'était trouvé sur sa route un célèbre mage de Cornouailles, l'enchanteur Richard David James, lui-même grand chasseur de bizarreries sonores et concepteur de chimères synthétiques en tous genres.

Celui-ci n'eut aucun mal à identifier ce son que la Femme de la Mancha s'échinait à traquer sans relâche.

"Par Saint Michel et par Saint George ! Ce que vous me décrivez là ne peut provenir que du terrible Korg MS-20 ! J'en ai dompté quelques dizaines dans ma jeunesse, puis je suis ensuite passé à la vitesse supérieure, capturant le redoutable Yamaha GX1 et..."
— Silence, le troubadour ! Un nom, je veux un nom ! qui donc possède ce Korg machin dans la contrée ?
— Eh bien, si j'analyse la direction du vent, la disposition des obstacles jouxtant le panorama depuis votre fenêtre et compte tenu de l'humidité ambiante ce jour-là... je dirais que le son du Korg MS-20 a été émis depuis ici !"

Et il montra au loin la colline où se tenait l'immense forteresse du preux chevalier à l'austère figure.

La Femme de la Mancha prit à peine le temps de cracher un vague merci à l'Aphex Enchanteur. Elle cravacha dur sa monture et se retrouva aux pieds du Castel, tonitruant à qui mieux mieux :

"Hola  les autochtones ! Qu'on m'ouvre séance tenante ! Qu'on me joue à nouveau de ce merveilleux Korg machin jusqu'à ce que j'en aie, éventuellement, ras les tympans !"

(A ce stade du conte, le lecteur vigilant aura sans doute remarqué une incohérence. Entre le moment où le preux chevalier à l'austère figure avait quitté son instrument et celui où il avait été tiré de son labeur par le vacarme provenant du dehors, il s'était à peine écoulé quelques heures. Or il est dit que la quête de la Femme de la Mancha dura des semaines. Comment expliquer ce paradoxe ? Permettez-moi de ricaner et de vous dire que vous n'avez aucun sens des possibles littéraires. M'enfin, en gros, dans le Castel, le temps était comme... dilaté. Ainsi que le narrait en son temps le Catarrheux Troubadour d'Astaffort : "Les heures s'allongent comme des semaines"... Bref, si vous avez le niveau pour capter du Cabrel, vous avez le niveau pour capter mon histoire)

Du haut de son créneau, pointant une tête effarée et rougissante, le preux chevalier à l'austère figure trouva le courage de répliquer :

— Passez votre chemin, imprudente ! Je ne comprends rien à ce que vous dites et ne veux pas en entendre plus !
— Oh ! mais c'est qu'en plus il est mignon tout plein et total guindé le lascar !!! Allez steplait, "ouvre-moi la porte toi qui as la clef de la grande école du monde"...

Il s'agissait là d'une attaque en règle. La Femme de la Mancha avait prononcé la puissante formule magique du fameux Nécromancien Enricomacias, mais rien n'y fit. Les murailles ne bronchèrent pas.

— Foin de Dieu ! Il résiste le bougre !

Elle tenta d'user de tous ses charmes, de tous ses sortilèges, de sa force même, mais rien n'y fit. Le Castel était toujours debout, sans qu'une seule pierre ne se fût descellée.

— Par tous les diables, il doit bien y avoir un moyen de pénétrer dans cette forteresse ! se dit la Femme de la Mancha, de plus en plus enragée. Nulle citadelle n'est imprenable et je me fais fort d'avoir fait tomber, pierre par pierre, les murs de celle-ci avant la nuit tombée.

C'est à ce moment-là qu'elle tomba nez à nez avec Surmoâ, qui faisait sa tournée quotidienne dans les alentours du Castel. Il vérifiait chaque jour, scrupuleusement, le strict alignement des moellons de pierre, l'absence de toute fissure suspecte, l'invulnérabilité des fondations qui, je le précise, plongeaient à plus de vingt mètres sous la terre ce qui rendait proprement impossible toute intrusion, même souterraine.

— C'est marrant, ça ! Vous ressemblez trait pour trait au godelureau qui niche dans son échauguette là-haut, mais z'avez l'air moins affable et pour tout dire, carrément patibulaire. Ce doit être vous, le Foulques Nerra local, non ?

Surmoâ n'avait guère l'habitude d'être pareillement invectivé, surtout par une parfaite inconnue, en outre munie d'un QI de haute voltige et d'un derrière à faire se pâmer le plus endurci des anachorètes.
Il émit donc une sorte de raclement de gorge, ce qu'il avait trouvé de mieux, en cet instant, pour répondre à la glossolalique assaillante.

— Allez-vous enfin m'expliquer, espèce de mutique personnage, pourquoi vous me refusez, à moi, moi l'auteur inénarrable et suprêmement supérieur à tous les branques scribouillards d'autofiction de "Les Nécronomistes ou Comment, au lieu de lire les Oeuvres de mon Pote Herbert Marcuse, bande de cons, z'êtes allés encore faire les courses à Carrouf, un samedi, aux heures de pointe et z'êtes tapé trois heures de queue à la caisse automatique qui refuse à présent votre CB au prétexte qu'elle est illisible, et qu'en plus, y'a aucune hôtesse pour vous dépanner, suite à un énième plan social, et que le dirlo local refuse de quitter son bureau-bunker-forteresse autrement qu'en parachute doré", allez-vous enfin m'expliquer pourquoi vous me refusez d'entendre geindre le son du Korg au fond des bois ?
— Inculte créature ! Ce n'est pas un Roland, c'est un Korg !
— Ne détournez pas la conversation s'il vous plaît ! Que le son de ce Korg était triste, au fond des bois ! Pourquoi ne puis-je plus l'entendre ?
— Peuh ! ce ne sont que futilités musicales ! Nous n'avons cure de telles inepties. Seul le Projet de Développement est noble et digne de notre auguste personne !
— Le Projet de Développement ? Vous trouvez ça drôle, vraiment ?
— Cela n'a pas à être drôle. C'est une chose sérieuse et indispensable à l'édification d'une solide culture commerciale et mercatique.
— Culture commerciale ! Vous ne trouvez pas que ça pue l'oxymore à plein nez ?
— L'occis More ?

La Femme de la Mancha se mit à rire à gorge déployée (enfin, pas trop, sa gorge étant de proportions modestes).

— Vous avez de l'humour, vous voyez, tout n'est pas perdu...
— De l'humour, nous ? Impossible. Nous avons renoncé à toute forme d'humour, toute forme de plaisir ou de divertissement, pour nous consacrer à la protection de notre nature profonde, depuis bien longtemps.
— Et vous pensez que c'est une méthode efficace pour la protéger, de vous murer dans votre espèce de Palais d'Opérette ?
— Elle a fait ses preuves. Jusqu'à votre venue, nous avons bénéficié d'une paix royale.
— Et maintenant ?
— Maintenant, nous comptons bien maintenir le cap. Et ce n'est pas votre perturbante présence qui changera quoi que ce soit.
— Perturbante ? Vous avez bien dit perturbante ? Puisque vous êtes si sûr de vous, pourquoi vous sentez-vous perturbé par ma présence ? Vous n'avez qu'à feindre de l'ignorer et le tour sera joué ! Puisque vous êtes si convaincu de votre invulnérabilité, pourquoi vous êtes-vous échiné à bâtir ces murs inviolables ? Que cherchez-vous donc à protéger ? Votre nature profonde ? Pensez-vous que c'est en la réprimant que vous la protégez ? Etouffer, brider, est-ce là la solution pour préserver ce qui ne s'exprimera plus jamais, de toute manière ? Quoique... si le triste son de ce Korg est parvenu jusqu'à moi, a pu s'échapper aux travers de ces murailles, c'est que, finalement, elles ne sont pas si efficaces que ça. Ou bien, est-ce le signe que les trémolos remontant des culs-de-basse-fosse font plus que force ni que rage...
— Peuh ! Je ne tomberai pas dans vos pièges rhétoriques ! Mes certitudes sont si bien ancrées que vous ne sauriez les ébranler, quand bien même vous obstineriez-vous à tortiller infiniment du popotin en me lançant vos regards de sirène mélomane.
— Tiens, vous parlez à la première personne. Vous avez renoncé au "nous", soudainement ? Il me semble bien que vous êtes en train de vous perdre dans votre baratin sans queue ni tête. Allons ! Avouez que vous êtes en train de mollir.

Surmoâ semblait frappé par la foudre ou je ne sais quel phénomène atmosphérique du même acabit. Une étrange faiblesse l'envahissait, une langueur lancinante et irrépressible. Il tenta d'articuler un "nous" bien senti mais le mot refusait de franchir ses lèvres, comme retenu prisonnier dans une forteresse intérieure.
Dans le même temps, des fissures apparurent dans les murailles du Castel. Le splendide édifice vacillait jusque dans ses fondations même.

— N... N... tentait d'articuler Surmoâ
Il devenait de plus en plus transparent à mesure que, pierre par pierre, les murs du Castel s'affaissaient. Il y eut un grand fracas, suivi d'un nuage de poussière, lequel semblait se diriger vers Surmoâ, genoux en terre, mains serrées autour du cou, comme pour l'aider à exprimer ces mots qui refusaient de sortir d'eux-mêmes.
— Je vous...
La suite se perdit dans le tourbillon dévastateur qui noya brièvement la scène du drame.

L'instant d'après, le Castel avait disparu, le nuage s'était évaporé. Au milieu de la colline se tenait le preux chevalier à la plus-jamais austère figure, pianotant sur son instrument, souriant comme un enfant à qui l'on a refourgué son jouet depuis longtemps confisqué, et le son qui sortait du Korg avait tout d'une marche triomphale.

Bon la suite est plus classique et moins marrante. C'est pourquoi je m'éclipse prestement et vous laisse le soin d'éteindre la lumière en sortant.

19/05/2012

THE GIRL THAT NEVER SLEEPS (REMASTERED)

Come darkness I might be the one that never sleeps
The one who thinks each night is a win not a loss
The creepy evil thoughts I let them in and in
For many people know that their nightmares are real

Come black knight I might be the one who never sleeps
The one who wants you now for the life and the death
The bloomy fussy words you'll never give to me
For other women know that you'll never be free

Again
Let me believe in it
Even if I know it's a joke

Again
Let me lie to myself
Even if I tell the truth

To you

Come darkness cover me with your virginal wave
For I forgot the name they have branded on me
Then for now and never from my hips to my lips
I'll be the one they call the girl that never sleeps

09:40 Publié dans Paroles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : girl, insomnie, brand

11/05/2012

DE LA BEAUTE MASCULINE ET TOUT BIEN CONSIDERE...

7_12901154854897.jpgFut un temps où je fuyais les beaux hommes, disons ceux dont le physique m'émulsionne le cerveau reptilien... Les longues mèches noires tombantes à la Albator sur un visage émacié ou taillé à la serpe, les looks surfeurs californiens au blond passé à l'écume de mer, les clones de Sid Vicious ou de John Frusciante, les Joe d'Alessandro, les gratteux virils au regard de brume, les profils aquilins aux lèvres fines, le viril quinqua buriné par le sel marin et les jouvencelles marinées... bref tout un Panthéon de Dieux plus ou moins canoniques mais esthétiquement corrects...

Je croyais que l'homme beau, au physique avantageux, est un cauchemar pour la femelle... alors je faisais dans le hors norme : le pachydermique, l'étique, le triple foyer, l'insipide transparent, le boutonneux, le gras du bide, que sais-je encore ? Me disant que je serai pour eux comme la blonde lumière divine s'infiltrant jusqu'au trou saumâtre et marécageux de leur disgrâce...

Heureusement, les circonstances, plus ou moins festives et avinées, les moments de désarroi et de lâcher prise ont fait que je me suis parfois (souvent) retrouvée plongée dans l'éphèbe, le Praxitèle, le marlonbrandesque, ou le viril au je-ne-sais-quoi d'aguichant...

Je n'en retire que de bons souvenirs, à quelques exceptions schizoïdes près...

Par contre, les disgracieux ne m'ont apporté que disgrâce, les mal pointés du désappointement, les ratés de l'outrage, les difformes du morfondage (sic)

Mon échantillon statistique hautement significatif me fait dire : l'Homme Beau est Bon avec Moi...

Ma décision est prise : je vais quitter Tussaud pour Uffizi, Bacon pour Michelange, Browning pour Morrissey...

Telle la Junon rentrant au foyer, je m'écrirai : "Quel bel âtre !"
Tel le Johnny remontant sur scène, je rallumerai le feu
Tel le Aschenbach lézardant sur la plage, je contemplerai Tadzio
Telle Aphrodite sortant de son coquillage j'embrasserai Sandro

Astonishing no ?