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12/01/2010

L'IMPOSSIBILITE DE PENSER LE MONDE ET LE TRAVESTISSEMENT DES IDEES

Parce que j'ai renoncé à avoir des idées, le jour où je me suis aperçue qu'elles me submergeaient d'émotions contraires.
...
Parce que j'ai compris que la pensée doit se dépouiller des oripeaux de la subjectivité afin de devenir un objet de consommation équitable.
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Parce que le débat est chose vaine puisqu'il ne peut déboucher que sur le status quo initial ou bien la rémission de ce à quoi vous teniez le plus au départ.
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Parce que si je pense ce que je suis alors je ne suis pas.
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Parce que la suite dans les idées est une fin de non recevoir.
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Parce que l'histoire du monde n'est qu'une anecdote alors que nous voudrions y voir un roman feuilleton.
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Parce que nous sommes encore dans la caverne, que nous portons encore nos chaînes et que nous pouvons brûler notre Platon Illustré, nous n'en avons rien fait.
...
Parce qu'une goutte de sens vaudra toujours plus qu'un litre de mauvais esprit.
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Parce que le sel de la vie n'est qu'un extrait de glutamate.
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Parce que la plupart d'entre les hommes ne m'ont jamais énuméré que des platitudes et des formules convenues.
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Parce que je préfère encore le mur du silence à celui des lamentations.
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Parce que les seuls plaisirs honorables sont ceux qui nous rabaissent et que les seules perversions acceptables sont celles qui nous élèvent.
...
Parce que nous nous payons de mots à défaut de nous faire crédit du néant.
...
Parce que tout finira bien par ne pas arriver.
...
Parce que la somme du bien et du mal n'est qu'un infini zéro pointé vers soi même.
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Parce que les idées reçues n'habitent pas à l'adresse indiquée sur l'emballage.
...
Parce que j'ai lu tous les livres et que ma chair est forte.
...
Alors, je dis...

IL EST IMPOSSIBLE DE PENSER LE MONDE MAIS IL FAUT S'Y EFFORCER, DEPOUILLER LES IDEES DE LEURS LOGOS CONTREFAITS.

(Tu est prêt, Sot Crate ?)

10/01/2010

SANS LYRISME EXCESSIF

"Poète, prends ta lyre" disait l'exilé Petit Père de la Populeuse littérature française...
"Le Poète est semblable au prince des nuées" répondit le sinistre Spleenien syphilitique...

L'un est lyrique, l'autre pas...

Tandis que l'un se dresse, barbe olympienne fouettée au vent des îles anglo-normandes, se prenant pour Chateaubriand ou rien, investi de la divine mission d'incarner à lui tout seul les valeurs intangibles de la France Eternelle, l'autre se terre dans une minable casemate, sentant le mauvais vin et le jus de Haschich, prostré dans son silence, condamné par les cons pour les cons de ses Femmes Damnées, trépané par le pal de son Tréponème Pâle...

L'un est grandiloquent, l'autre pas...

D'Hugo, je n'aime guère, à vrai dire, que l'Homme qui Rit... Etrangement, c'est le plus baudelairien de ses ouvrages...

De Baudelaire, j'aime tout, y compris les plus paranoïaques de ses délires...

Baudelaire, le Vénérien, abominait et vénérait tout à la fois le Vénérable, celui qu'il appelait Hugo-Sacerdoce...

Hugo s'engageait sur tout, à l'emporte-pièce... Il plaça sa vie entière dans le champ de la morale...

Baudelaire se fichait de tout, provocateur ultime, bien plus cancéreux pour la Bonne Société que le plus agité des Agités du Bocal...

Il reste sans égal dans ce genre si controversé de la Vomissure Littéraire... Il a mis les mots en Gerbe comme personne avant lui, et après lui...

L'Albatros est, et restera pour moi, le Chant du Cygne de ce qu'on peut appeler le Genre Intérieur... le laisser-aller des sentiments et des émotions, l'envol incontrôlé des états d'âme...

Le Lyrisme...

Lyrisme : enthousiasme, inspiration, élan vers le ciel, élévation personnelle, ad lib...

L'instrument d'Apollon et d'Orphée...

Apollon désespère de garder ses amants, Orphée fait volte-face et finit tête à queue sur l'île de Lesbos, et quant à l'Albatros...

Chacun sait aujourd'hui qu'il n'était pas exilé sur le sol au milieu des huées : il finit en charpie, broyé par les espars, sur le pont du bateau...

Hugo dort bien en paix sous l'immonde verrue architecturale si mal nommée (quand même... Panthéon... dans une République Laïque... autant dire que je n'y mettrai jamais les pieds)

Baudelaire loge dans la terre consacrée oecuménique du Mont Parnasse... Vous savez le Mont Parnasse, juste au-dessus de Delphes, garçonnière d'Apollon, lui-même tuteur d'Orphée...

Belle pirouette symbolique non ?

Mais il n'est pas question de symbolisme... refermons hermétiquement la porte Mallarmé... (oui oui Steph', promis, bientôt je parlerai de toi)

Revenons au lyrisme...

Qu'il était lyrique cet après-midi du printemps dernier, alors que je rendais visite au triste Charles à deux pas de la Tour Seventies qui défigure mon quartier de Paris préféré...

Qu'il était triste et lyrique... je quittais à jamais le faux-dévot qui avait Tartuffé ma quarantaine... et en faisant mes adieux à l'odieux, je m'embarquais surtout pour Cythère...

"Mon enfant, ma soeur,
Songe à la douceur
D'aller là-bas vivre ensemble!
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble!"

Toute poésie pouvait s'arrêter là... d'autres mots seraient inutiles...

Après, il s'agirait d'Art Nouveau, de Propagande, d'Engagement, d'Eructation...

Hugo avait fait florès mais pas Baudelaire...

Même si tous les ados du monde pleurnichent sur son Spleen...

Après ils oublient...

Mais, cachons nos larmes, le lyrisme excessif conduit, comme il se doit... au pied d'une falaise ou au fond de l'Enfer...