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14/03/2010

LE CINEMA EST AVANT TOUT UN LANGAGE VISUEL

Par goût, je suis avant tout sensible aux mots mais en tant que cinéphile, je suis avant tout sensible aux images. Si la Poésie est l'Art des Sonorités Intérieures, le Théâtre celui de la Gestuelle et des Dialogues, le Roman celui de l'Introspection et du Devenir, le Cinéma, plus que tout autre est la Langue de l'Icône. Pas forcément du Mouvement, le Cinéma juxtapose des images de manière signifiante et c'est la succession de celles-ci qui forme ce qu'on pourrait appeler son Code Secret. C'est en lisant Caratini et Bazin que j'ai appris le cinéma et ces deux intégristes m'ont en quelque sorte formatée et rendue imperméable à toute forme de complaisance. Il m'arrive d'aller au cinéma pour me divertir, et une multitude de films plus ou bien moins faits peuvent correspondre à ce désir. Mais parfois, le besoin de me gorger d'images qui font sens est plus fort. Hélas, ce plaisir est plus rare, à mesure que l'idéologie dominante du produit bien fait et au goût standard -dont les formes les plus pernicieuses s'appellent Tarentino et tout le cortège des pseudo-indépendants- s'impose au plus grand nombre, y compris dans les bastions les plus blindés, tels que Les Cahiers ou Positif.

Au Panthéon des Panthéons du Septième Art, je doute qu'on puisse un jour égaler les Archétypes de Renoir, Welles, Griffith, Eisenstein, Dreyer, Clouzot, Kurosawa ou Von Stroheim, les Bizarreries de Vigo, Browning, Anger ou Morrissey.

Parfois, certaines oeuvres se hissent au rang d'Art Total. Mes vingt ans se souviennent de Blade Runner, Eraserhead ou Texas Chainsaw Massacre (ne vous en déplaise, Tobe Hooper est un génie). Argento et Carpenter ont égrené une oeuvre dérangeante et cinématographiquement impeccable. Ces dernières années furent marquées par Tarkovski, Malick, Noé, Kitano, Cronenberg et Lynch.

Aujourd'hui, je rajoute le nom de Nicholas Winding Refn.

Parce que le cinéma est avant tout un art violent. Parce que ce qu'il suppose de machinerie métallique, d'éclairages brutaux, de déchets électriques, de fils courant au sol tels des racines barbares, de petits matins blêmes, de chambres noires, de découpage au ciseau de l'âme, est en soi, forcément, violence.

C'est l'Art qui est sans doute le plus éloigné et le plus près de la vie, parce qu'il la représente. Et parce qu'il est le plus facile à percevoir, parce qu'il fut pensé pour les masses, alors, je ne le conçois, dans l'absolu, que dans ses productions les plus ardues et dérangeantes.

Qu'on ne me parle pas d'autofiction. Le cinéma est en lui même une forme de Psychanalyse, l'art d'ordonner le Chaos pour mieux le corrompre.

Le cinéma peut se passer, dans sa forme extrême et la plus aboutie, de scénario. Pour les scénaristes, il y a les remarquables séries américaines et anglaises. Laissons au cinéma sa raison d'être. L'écriture icônique, l'idéogramme animé.

Si nous ne laissons pas cet espace au véritable art visuel, alors, ce sera comme se priver d'un sens, essentiel, celui de laisser un flot d'images bousculer notre inconscient. Alors, nous n'aurons plus qu'à nous laisser guider, munis de lunettes en 3D, par des oeuvrettes qui nous distillent une idéologie mondialisante, à coups d'avatars mielleux et insipides, nous laisser guider et abandonner ce qui est notre liberté dernière.

Imaginer et rêver...

11/03/2010

PETITE LECON DE LITTERATURE A L'ATTENTION DU PRESIDENT

En forme de réponse du tac au tac, je voudrais signaler au joueur de pipeau officiel de la République des Rats quittant le Navire, certains faits avérés et prouvés par les statistiques officielles des programmes scolaires.

CITATION : "Ils n’ont pas compris que le rire, c’était une marque d’humanité, de civilisation, que c’était une marque de gentillesse, que le rire, c’est pour élever, pas pour abaisser, c’est pour donner de la légèreté à la vie, pas pour donner des leçons ”

ANALYSE : Nicolas fait ici allusion à certains comiques qui l'ont sans doute tourné en dérision, lui et ses pairs, alors que lui-même n'a besoin de personne pour paraître ridicule, ainsi qu'il le prouve, à maintes reprises, faisant l'objet d'une moquerie généralisée dans la presse étrangère, malheureusement sans beaucoup d'écho dans notre doux pays à la solde des gratte-papiers appointés par l'Elysée.

REPONSE : Je conseille au Petit Nicolas la lecture des Caractères de La Bruyère ou des Mémoires de Saint-Simon. Il y trouvera moultes caricatures désobligeantes et vengeresses, maints portraits au vitriol. Que je sache, ces deux auteurs sont des incontournables dans bien des bibliothèques françaises bien-pensantes de la bonne bourgeoisie neuillysienne ou d'ailleurs...

CITATION : “ Vous, vous êtes quelqu’un de populaire sans être populiste, qui amenez à réfléchir, sans jamais donner de leçons ”

ANALYSE : Intéressante nuance faite sur deux qualificatifs issus de la même racine populus, à savoir l'ensemble des citoyens. D'un côté, l'acceptable "populaire", aimé du peuple, ce qui semble être l'aune à laquelle une certaine bourgeoisie inculte juge les "artistes". De l'autre, l'inacceptable "populiste", terme honni de ceux qui veulent se refaire une virginité électorale.

REPONSE : Ô aveuglement du Calife Elyséen, qui ne voit pas plus loin que le feu de son Buisson Ardent ! Un leader nerveux qui harangue les foules à force de litanies démago, qui parle le langage nu et cru de l'homme de la rue, qui se pique de résoudre chaque problème de chiottes bouchées au fin fond de la Province, à coups de recettes pseudo-pragmatiques, qui martèle la Sécurité à l'envi, comme si nous vivions encore aux Temps Barbares, alors que jamais l'être humain n'a eu à ce point du sang de navet dans les veines, qui se tape la moitié des couves de la presse Dégueulis, qui rameute son Jaurès et son Mocquet à chaque coup de boutoir sur son bouclier frical, qui compte sur Saint Johnny et Saint Bigard pour escalader son Gold Gotha Mondain... oui, ce type de leader minimo est-il populiste ou n'est-il pas ?
Donneur de leçons ? Que nenni. Pour cela, il faudrait qu'il puisse les donner. Amener à réfléchir ? Allons donc ! encore faudrait-il qu'il soit notre miroir de l'âme.
Même pas drôle, juste tristement identitaire et nationalement correct.
Quand on tremble devant le Rire c'est qu'on ne veut pas nous préparer de lendemains qui chantent.
Tel Louis le Grand avec Molière, échauffé par sa cohorte de Jésuites, Nicolas pourfend le Comique satyrique, galvanisé par ses brigades de spin doctors. Nul doute qu'il n'a jamais lu Tartuffe. Et pourtant, il aurait bien à apprendre du faux Dévot, lui, le faux Démocrate.
Mais à l'Ecole des Tyrans Populistes, Nicolas fait figure de cancre. Voyez sa cour, je cite :
"Jean Réno, Christian Clavier, Mireille Darc, Julien Clerc, Anne Parillaud, Charles Aznavour, Alain Delon, Elie Semoun, Catherine Lara, Charlotte Rampling, Josée Dayan..."
Un panel représentatif de l'Esprit Français. Si c'est ça l'Identité Nationale, je me fais volontiers Coréenne du Nord, ça ne sera pas pire...

Etonnant, non ?

19:47 Publié dans Critiques | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : sarkozy, comique, humour

01/03/2010

MAUVAISE FOI

Je suis de mauvaise foi.

Mais qui ne l'est pas ?

A ce sujet, je vais donc parler avec une mauvaise foi évidente de ce qui me paraît être un film majeur de l'histoire du cinéma contemporain.

Et même s'il a été moyennement accueilli par une certaine critique, et justement pour cela, je tiens à le défendre.

Dimanche soir, j'ai vu Shutter Island.

Globalement, je me fiche de l'histoire principale. Si on la regarde en apparence, on n'y voit qu'un thriller standard, une histoire d'arroseur arrosé que le cinéma américain sait si bien nous servir à l'envi.

A mieux y regarder, on peut deviner d'autres perspectives, des mises en abyme si chères à nos intellectuels franceculturisants.

Un exemple, l'évocation des camps de concentration, qui furent en leurs temps un modèle de déni, une source d'embarras pour bien des états libérateurs, notamment et justement les Etats-Unis. Qui se souvient du temps de latence qui précéda leur reconnaissance pleine et entière ? Qui se souvient du flou artistique qui prévalut alors qui s'agissait avant tout de yaltaïser l'Europe ?

Par un jeu de miroirs, le héros de Shutter Island devient un archétype du peuple américain WASP qui, confronté à une horreur sans nom, en oublie par là même celles dont il est responsable.

Où est la Vérité ? Où se cache le mensonge ? car si la Vérité est à la fois immuable et intangible, le mensonge est lui, mobile et bien palpable.

Shutter Island devient le lieu de convergence des souvenirs tronqués et truqués, le tapis cache poussière dont l'horreur apparente masque de bien plus terribles réalités.

Nous sommes tous des îles, de frêles récifs nous rattachent les uns aux autres, et nous formons un vaste archipel d'incohérences ; nous aimerions confier au Grand Géographe de l'Univers le soin d'y mettre un ordre et nous faisons semblant d'y croire.

Et comme nous savons, au fond de nous, que ce n'est qu'une vaine aspiration, nous faisons le choix de la lobotomie.

L'oubli partiel.

La mauvaise foi.

Ce que nous sommes, des croyants partiels, des agnostiques timorés, des athées terrifiés par le vide.

En disant cela, j'ai conscience d'être de mauvaise foi.

Et je dois dire que j'y prends un certain plaisir...