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10/01/2010

DES HOMMES ET DE LA PHILOSOPHIE / XXS STORY 1

Mon cerveau ressemble à s'y méprendre à un hachoir à viande. Les concepts y entrent par l'arrière et ressortent mâchés et broyés, en longs filaments qui tombent platement sur du papier blanc quadrillé de rose...
Ensuite, je les enveloppe proprement, les emballe sous de la cellophane, et les range, bien alignés, dans le congélateur qui me tient lieu de coeur.

Les concepts ou les hommes. Je leur fais subir le même traitement. Tandis que je les broie, j'ai le sentiment que ce sont mes doigts que je sens, pris dans la grille du moulin à barbaque. Je fais semblant d'avoir mal et je pleure des larmes de crocodile.

Je passe des nuits à contempler les petits tas de choses mortes empilés dans ma mémoire à -20 degrés. Parfois, j'en sors un, je regarde l'étiquette qui mentionne le nom de code, la date de péremption et le mode d'emploi.

Sur l'étagère du haut, les gisants philosophiques : Emmanuel K, Martin H., Théodore A., Ludwig W., Sören K., Jurgen H., Baruch S., Friedrich N... mon collier de perles de Kultur...

Sur l'étagère du bas, mes amours mortes, qui ne se rappellent plus à mon souvenir que par intermittence, lorsque je suis sous l'emprise d'une méprisable nostalgie... Mes crépuscules idolâtres...

Je referme la porte du congélateur. Il est dangereux d'en ressortir la chair morte et les idées tombées en désuétude. Si celles-ci ou celle-là dégèlent, on risquerait d'y reprendre goût, de vouloir y mordre dedans, à nouveau, à pleines dents.

On frôlerait l"intoxication alimentaire...

Et j'ai l'estomac fragile, ou je n'en ai pas, c'est selon.

Je retrouve la chaleur de mon lit. J'y suis seule : draps vides, cerveau vide. Puisqu'il faut être bête dans ce monde, et surtout dénué de tout sentiment excessif, alors... et jusqu'à la fin...

Je continuerai de passer au hachoir, hommes et concepts, les regarder tomber en longs filaments mollassons sur mon papier de bouchère... Je les plierai ensuite soigneusement dans de la cellophane, et je les rangerai, bien serrés, dans le congélateur qui me sert de coeur.

Il y en a de la place. Je suis prévoyante. J'ai acheté le modèle grande capacité, General Electric, celui où l'on peut ranger des pièces entières de gibier de potence ou d'avortons d'amours ratées.

FIN

17:42 Publié dans Bref | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : philosophie, hommes

CAMERA OBSCURA (XXS STORY 2)

Quand mon oeil a serré de près le faux-col des faux-culs, je ne darde pas à pointer ma tête d'épingle sur leur noeud cravaté.

Il faut dire que l'icônerie humaine est sans limite, une forfaiture illimitée, un véritable catalogue d'images épineuses libres de droite et de gauche.

Je braque ma bêtat-cam vers le point de con-vergence et déroule du celluloïd en bobines innombrables sur leurs tronches de Quake.

Je numérise à tout-va : 1-0 1-0 1-0 (...) 1-0... Le score cybernétique est immuable, l'acide ascétique ne se conjugue pas en base 2.

Je fais une fixation sur les révélateurs de lumière... Nada, Nadar t'es qu'un contretype négatif et sans code à chrome...

Je me glisse parmi les invités de l'Arlésienne. De larges antiques clichés se succèdent à la vitesse de la lumière.

Clic clac, voici de bien belles gueules amusées sur canapé. J'en croquerai bien un ou deux mais mon point aveugle me chatouille le nerf optique.

Je ferme les yeux et j'imagine ce que serait ma vie sans ce bombardement phototropique, sans cette pluie d'étoiles filantes, sans cet enfer luciférien.

Et je zoome vers un homme aux contours flous mais plutôt photogéniques et lui murmure avec toute l'énergie solaire qu'il me reste...

"Viens voir mon Infrarouge, je vais t'Ultravioler..."

15:57 Publié dans Bref | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : photo, photographie, caméra