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10/01/2010

SANS LYRISME EXCESSIF

"Poète, prends ta lyre" disait l'exilé Petit Père de la Populeuse littérature française...
"Le Poète est semblable au prince des nuées" répondit le sinistre Spleenien syphilitique...

L'un est lyrique, l'autre pas...

Tandis que l'un se dresse, barbe olympienne fouettée au vent des îles anglo-normandes, se prenant pour Chateaubriand ou rien, investi de la divine mission d'incarner à lui tout seul les valeurs intangibles de la France Eternelle, l'autre se terre dans une minable casemate, sentant le mauvais vin et le jus de Haschich, prostré dans son silence, condamné par les cons pour les cons de ses Femmes Damnées, trépané par le pal de son Tréponème Pâle...

L'un est grandiloquent, l'autre pas...

D'Hugo, je n'aime guère, à vrai dire, que l'Homme qui Rit... Etrangement, c'est le plus baudelairien de ses ouvrages...

De Baudelaire, j'aime tout, y compris les plus paranoïaques de ses délires...

Baudelaire, le Vénérien, abominait et vénérait tout à la fois le Vénérable, celui qu'il appelait Hugo-Sacerdoce...

Hugo s'engageait sur tout, à l'emporte-pièce... Il plaça sa vie entière dans le champ de la morale...

Baudelaire se fichait de tout, provocateur ultime, bien plus cancéreux pour la Bonne Société que le plus agité des Agités du Bocal...

Il reste sans égal dans ce genre si controversé de la Vomissure Littéraire... Il a mis les mots en Gerbe comme personne avant lui, et après lui...

L'Albatros est, et restera pour moi, le Chant du Cygne de ce qu'on peut appeler le Genre Intérieur... le laisser-aller des sentiments et des émotions, l'envol incontrôlé des états d'âme...

Le Lyrisme...

Lyrisme : enthousiasme, inspiration, élan vers le ciel, élévation personnelle, ad lib...

L'instrument d'Apollon et d'Orphée...

Apollon désespère de garder ses amants, Orphée fait volte-face et finit tête à queue sur l'île de Lesbos, et quant à l'Albatros...

Chacun sait aujourd'hui qu'il n'était pas exilé sur le sol au milieu des huées : il finit en charpie, broyé par les espars, sur le pont du bateau...

Hugo dort bien en paix sous l'immonde verrue architecturale si mal nommée (quand même... Panthéon... dans une République Laïque... autant dire que je n'y mettrai jamais les pieds)

Baudelaire loge dans la terre consacrée oecuménique du Mont Parnasse... Vous savez le Mont Parnasse, juste au-dessus de Delphes, garçonnière d'Apollon, lui-même tuteur d'Orphée...

Belle pirouette symbolique non ?

Mais il n'est pas question de symbolisme... refermons hermétiquement la porte Mallarmé... (oui oui Steph', promis, bientôt je parlerai de toi)

Revenons au lyrisme...

Qu'il était lyrique cet après-midi du printemps dernier, alors que je rendais visite au triste Charles à deux pas de la Tour Seventies qui défigure mon quartier de Paris préféré...

Qu'il était triste et lyrique... je quittais à jamais le faux-dévot qui avait Tartuffé ma quarantaine... et en faisant mes adieux à l'odieux, je m'embarquais surtout pour Cythère...

"Mon enfant, ma soeur,
Songe à la douceur
D'aller là-bas vivre ensemble!
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble!"

Toute poésie pouvait s'arrêter là... d'autres mots seraient inutiles...

Après, il s'agirait d'Art Nouveau, de Propagande, d'Engagement, d'Eructation...

Hugo avait fait florès mais pas Baudelaire...

Même si tous les ados du monde pleurnichent sur son Spleen...

Après ils oublient...

Mais, cachons nos larmes, le lyrisme excessif conduit, comme il se doit... au pied d'une falaise ou au fond de l'Enfer...

VERITE

La Vérité est l'Antidote de la Probabilité.

CAMERA OBSCURA (XXS STORY 2)

Quand mon oeil a serré de près le faux-col des faux-culs, je ne darde pas à pointer ma tête d'épingle sur leur noeud cravaté.

Il faut dire que l'icônerie humaine est sans limite, une forfaiture illimitée, un véritable catalogue d'images épineuses libres de droite et de gauche.

Je braque ma bêtat-cam vers le point de con-vergence et déroule du celluloïd en bobines innombrables sur leurs tronches de Quake.

Je numérise à tout-va : 1-0 1-0 1-0 (...) 1-0... Le score cybernétique est immuable, l'acide ascétique ne se conjugue pas en base 2.

Je fais une fixation sur les révélateurs de lumière... Nada, Nadar t'es qu'un contretype négatif et sans code à chrome...

Je me glisse parmi les invités de l'Arlésienne. De larges antiques clichés se succèdent à la vitesse de la lumière.

Clic clac, voici de bien belles gueules amusées sur canapé. J'en croquerai bien un ou deux mais mon point aveugle me chatouille le nerf optique.

Je ferme les yeux et j'imagine ce que serait ma vie sans ce bombardement phototropique, sans cette pluie d'étoiles filantes, sans cet enfer luciférien.

Et je zoome vers un homme aux contours flous mais plutôt photogéniques et lui murmure avec toute l'énergie solaire qu'il me reste...

"Viens voir mon Infrarouge, je vais t'Ultravioler..."

15:57 Publié dans Bref | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : photo, photographie, caméra