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14/01/2010

QUICK SILVER

Il file
Entre mes doigts
J'essaie de le saisir
Il roule
En volutes d'argent
En billes étincelantes
Il rit
Des éclats qui cascadent
Et se perdent en moi
Il joue
A me faire monter plus haut
A me faire descendre plus bas

Vif
Argent
Feu
Follet
Sens
Dessus
Sens
Dessous


Brise tout
Il me "titanique"
Lame de fond
Il me "tsunamise"
Oeil de cyclone
Il me "typhonnise"
Vaisseau amiral
Il me "transatlantique"

Vif
Argent
Feu
Follet
Sens
Dessus
Sens
Dessous

12:12 Publié dans Lyriques | Lien permanent | Commentaires (1)

12/01/2010

L'IMPOSSIBILITE DE PENSER LE MONDE ET LE TRAVESTISSEMENT DES IDEES

Parce que j'ai renoncé à avoir des idées, le jour où je me suis aperçue qu'elles me submergeaient d'émotions contraires.
...
Parce que j'ai compris que la pensée doit se dépouiller des oripeaux de la subjectivité afin de devenir un objet de consommation équitable.
...
Parce que le débat est chose vaine puisqu'il ne peut déboucher que sur le status quo initial ou bien la rémission de ce à quoi vous teniez le plus au départ.
...
Parce que si je pense ce que je suis alors je ne suis pas.
...
Parce que la suite dans les idées est une fin de non recevoir.
...
Parce que l'histoire du monde n'est qu'une anecdote alors que nous voudrions y voir un roman feuilleton.
...
Parce que nous sommes encore dans la caverne, que nous portons encore nos chaînes et que nous pouvons brûler notre Platon Illustré, nous n'en avons rien fait.
...
Parce qu'une goutte de sens vaudra toujours plus qu'un litre de mauvais esprit.
...
Parce que le sel de la vie n'est qu'un extrait de glutamate.
...
Parce que la plupart d'entre les hommes ne m'ont jamais énuméré que des platitudes et des formules convenues.
...
Parce que je préfère encore le mur du silence à celui des lamentations.
...
Parce que les seuls plaisirs honorables sont ceux qui nous rabaissent et que les seules perversions acceptables sont celles qui nous élèvent.
...
Parce que nous nous payons de mots à défaut de nous faire crédit du néant.
...
Parce que tout finira bien par ne pas arriver.
...
Parce que la somme du bien et du mal n'est qu'un infini zéro pointé vers soi même.
...
Parce que les idées reçues n'habitent pas à l'adresse indiquée sur l'emballage.
...
Parce que j'ai lu tous les livres et que ma chair est forte.
...
Alors, je dis...

IL EST IMPOSSIBLE DE PENSER LE MONDE MAIS IL FAUT S'Y EFFORCER, DEPOUILLER LES IDEES DE LEURS LOGOS CONTREFAITS.

(Tu est prêt, Sot Crate ?)

NOUS SOMMES LES ENFANTS D'UN QUELCONQUE FUTUR

Le ciel crachait la pluie avec parcimonie. Le flot automobile s’écoulait en goutte-à-goutte dans le jour qui se levait, déjà sombre. A travers les vitres, des visages fatigués avant même d’avoir entamé leur triste labeur. A quoi pensaient-ils tous ? Quels rêves pouvaient encore les habiter ? Des rêves ? J’en doutais. J’en doutais de plus en plus. Je voyais se déverser le long de l’autoroute qui plongeait vers la ville le chaos apparemment organisé, la maussade urbanité, la « gerboyante » humanité, et tout cela ne me disait rien de bon. Une aube rose et grise nappait la scène. Morne temps. Nature Morte. Nature Morte. Pour me flageller, je me disais que je n’étais qu’un ingrédient de cette soupe amère. Pour me consoler, je me disais que j’étais le seul à en avoir conscience. Cette femme, là, de l’autre côté des pointillés, à ma gauche, pensait-elle la même chose que moi, en cet instant ? Cet homme, là, devant moi, en était-il réduit aux mêmes constatations désabusées ? Qui, à cette minute précise, pouvait penser pareillement ? Qui, à part moi…
Je me demandais.
Je n’en étais pas sûr.
Soudain, l’idée me vint que j’étais peut-être le seul, en ce monde, à avoir pris conscience de la vanité de notre futur, de son inanité, de son inexistence. Le futur ne s’écrivait pas, il était déjà derrière nous. Nous n’étions que des souvenirs déjà effacés, flous et délavés par la pluie acide du temps dépassé. Il n’y avait pas de futur. Il n’y en aurait jamais. Nous étions une survivance de ce qui n’avait peut-être jamais été. Nous n’avions pas d’avenir parce que nous n’étions qu’une projection du passé. Une projection ? Un postillon, un crachat, une éjaculation, une… Le projet n’était qu’un reflet dans un miroir sans tain. Nous étions du mauvais côté, du côté qui ne voit pas, du côté qui ne se voit que lui-même, image inversée, sans fond, sans rien. J’eus l’idée que nous n’étions rien et que nous ne serions pas plus ni demain ni jamais. J’eus l’idée qu’il me fallait décrocher, prendre la bande d’arrêt d’urgence, ne plus faire marche arrière, refuser le point mort, couper le moteur et m’enfuir… M’enfuir vers où ? Vers nulle part. Mais fuir hors des sentiers battus, fuir par les chemins de traverse. Me consumer avant l’explosion finale.
J’eus le pressentiment du Bang Big à venir, le reflet de ce qui fut à l’origine. La parenthèse qui se referme. Pas d’Âge d’Or. L’Âge de Plomb. Celui qui vous entraîne au plus bas. Mais d’où l’on ne remonte pas. J’eus la vision d’une Apocalypse qui ne laisserait rien derrière elle. Pas d’ange, pas de trompettes, pas de cheval pâle. Rien. Une Apocalypse glacée qui figerait le vide, qui prendrait les os jusqu’à les faire éclater en limaille de givre. Clac, cela ferait un bruit sec, qui ne se prolongerait pas au-delà de la rupture. Cela ne ferait même pas mal, pas même la douleur d’une piqûre, rien. Cela passerait sur nous et nous ne nous en apercevrions même pas.
Il n’y aurait pas de symbolique, pas de signe annonciateur, pas de symptômes dont pourraient se repaître les amateurs d’ésotérisme. Cela viendrait. N’en cherchez pas l’origine. Elle nous échappe. Elle nous échappe comme nous échapperont toujours les lois de la génétique ou la cosmogonie. Vaniteux ceux qui se targuent d’avoir compris. Personne n’a compris. Il y a les humains qui feignent et ceux qui ouvrent des yeux ronds d’innocence. Il y a les humains qui ratiocinent et ceux qui hallucinent. Les savants fous ne sont que des allumés pentecôtistes. Ce n’est pas leur parole qui s’écoule sur les pages de leurs livres de prières rationnelles. Ce sont des mots jetés sur le papier, des formules algébriques aléatoires. Ce sont des pantins à qui l’on révèle le juste savoir, un peu trop juste pour que cela puisse nous élever, afin de le diffuser de manière à embrouiller encore plus les esprits. Ce sont les égouts d’une pensée plus élevée, insondable et irracontable.
Ce n’est pas parce qu’une chose marche qu’elle est vraie. Ce qui fonctionne n’est au fond qu’une illusion. Ce qui est n’est pas forcément. Ce que nous sommes…
NOUS SOMMES LES ENFANTS D’UN QUELCONQUE FUTUR