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05/06/2012

De la Glose, du Punk et de quelques Foutaises

"A mon sens, la fonction fondamentale de la musique est de montrer que la violence est contrôlable, donc que la société est possible. Plus précisément, le bruit est une arme et la musique en est la mise en forme, la domestication en un simulacre de meurtre rituel."
Jacques Attali, Bruits

"Dans l'histoire comme dans la nature, la pourriture est le laboratoire de la vie."
Karl Marx

Quoi qu'il en soit, quoi qu'on en pense, et je n'en démordrai pas : malgré la dangereuse séduction qu'elle exerce sur moi, à mon corps défendant, à mes ouïes défaillantes, je sais bien, lorsque je prends le temps d'y réfléchir, que la musique populaire marketée en son temps sous le terme de rock n roll, est bien, et de loin, la plus aboutie des tentatives d'encadrement militaire des pulsions mortifères et libidinesques des générations juvéniles qui se sont succédées depuis les confins des dites Fifties.

Lorsque je m'extrais de cette gangue sonore, lorsque je m'abstiens de prêter le flanc aux expectorations que d'éructants braillards glaviotent à tour de glotte, je sens bien à quel point l'apparente simplicité des accords, l'évidente ineptie des refrains, sont bien les mécaniques les plus huilées et les plus insidieuses qui soient...

Et nous glosons à qui mieux mieux, et nous lisons des kilomètres de littérature gonzo, en nous targuant de détenir la clef de la contre-culture, et nous prétendons faire sauter les verrous de la conscience régnante, en nous faisant fort de défoncer  les carcans sous les coups de boutoir de l'Underground.

Vastes questions philosophiques et vaines considérations sur les origines de tel ou tel courant, sur l'authenticité de tel ou tel artiste, sur la valeur de tel ou tel groupe, sur le sens profond de la quête rock n rollienne...

On pourrait dire qu'il n'y aucun mauvais sujet, que tous peuvent être matière à réflexion, et que seuls comptent avant tout les triturations des méninges, les envolées de l'esprit, les abattements désespérés de la romantique ultra-moderne introspection.

Et nous voilà partis dans des débats pauvrement ontologiques : Machin est un type bien, d'ailleurs je l'ai rencontré, Truc est un con et sa musique est à vomir, Elle je peux pas la blairer c'est une daube et une pouffe, Lui c'est un génie, le seul l'unique, mais Lui aussi d'ailleurs, je le vénère je l'idolâtre, ad lib ad lib ad lib...

Et puis, et puis la profondeur de la nuit, le silence assourdissant d'un ampli qui se tait, de la musak qui s'arrête

Et puis, et puis... quelques notes de Ligeti, quelques versets de Pound et le silence devient respiration, pause, soupir...

Le reptilien se met en sourdine et le pariétal mène la danse.

C'est l'heure exquise où l'on se démet de la mécanique, où l'on se livre à l'alchimie des sons et des mots.

Cela n'a qu'un temps et nous sommes des êtres binaires. Vient le temps de la transe, vient le temps de l'orgasme, vient le temps des saccades, vient le temps du cri primal.

Le temps adolescent se prolonge en nous, à travers nous. Nous laissons s'encapsuler nos violences primaires, nous livrons nos foudres juvéniles aux paratonnerres de l'Ekkyklêma pelvienne.

Parce que c'est une jouissance immédiate, instinctive, gratuite et indolore : la consommation du rock n roll nous satisfait au même titre qu'un sachet de Tagada, qu'un shoot d'héroïne, que la lecture d'un Closer quelconque, que le badinage futile d'un Soap Opera, que l'ingurgitation hâtive d'un Big Mac.

Instantanée : Live fast, die young, éternellement, le spectacle continue. Et plus nous sommes vieux et plus nous sommes nostalgiques, définitivement arc-boutés sur nos rêves orchestrés par quelques industriels sonores de génie.

Et tout le reste, l'emballage, les mythifications, les morts subites, les résurrections des stars refroidies...

La glose, éternelle glose sur la fonction rebelle, sur la musique qui changea le monde, sur les systèmes ébranlés par les Stratocaster.

Bollocks. Foutaises qui nous font croire que nous avons une conscience anticonsumériste. Alors que jamais nous n'avons autant plongé nos doigts dans la confiture de synthèse.

Mais c'est seulement du rock n roll et nous aimons ça...

Commentaires

c'est bien vu et bien dit.

Écrit par : Christophe | 15/10/2012

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