Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

15/05/2010

ENTER THE VOID

Deux heures trente cinq...

Un format comme on n'en fait plus beaucoup, le format de l'espace, de l'expérimentation, du dévidage, de l'évidence...

Un format qui dérange et détraque les sens des cervelles habituées aux 6 mn Info, aux Sitcom trente mn (pub incluses), aux plans saccadés frénétiques des Tarantino et consorts, aux 24 h chrono et j'en passe...

Jamais 2h35 ne sont passées plus vite, cela dit, et de mon seul point de vue.
Quelques spectateurs qui s'évadent, et tant mieux, leurs commentaires offusqués et leurs chuchotements haut-le-coeur me donnaient la nausée...

Un scénario à la Deux Orphelines, des dialogues réduits à leur plus simple expression et alors ?

Pour ceux qui ont eu la chance de voir Intolerance de DW Griffith, il est évident que l'eau de rose et l'outrance scénaristiques n'empêcheront jamais un film d'être excellent, sur le plan formel.

Il y a deux catégories de cinéma producteur d'oeuvres d'art, au fond. Celui, brillant et littéraire d'un Renoir ou d'un Rohmer et celui, visuel et primal, d'un Cronenberg ou d'un Lynch. Le premier vaut par son cartésianisme et sa perfection linguistique, le second, par le tâtonnement artistique et la liberté formelle qu'il se donne.

Noé appartient à la seconde catégorie, moins intellectuelle, plus primitive.

Il est sans doute le seul en France à tenir la comparaison avec ses alter ego américains ou asiatiques.

Et pourtant, point de producteurs français pour le soutenir, trop de critiques parisiens pour lui cracher dessus et qui lui préfèrent l'écoeurante complaisance du Tarantino sus-nommé.

Je n'ai pu m'empêcher de faire la comparaison avec Pulp Fiction, où Sexe et Drogue composaient un furieux salmigondis, flatteur en bouche, à la première gorgée, mais qui laisse un arrière-goût fade et inconsistant. Tant d'images choc, et pour dire quoi ? Au fond, rien... Une forme vide, parce qu'il n'y a comme intention, de la part du metteur en scène, qu'un désir de montrer sa maîtrise narrative et son bouillonnement créatif. De la pure masturbation pseudo-artistique, de la maestria au service du Box Office.

Chez Noé, c'est la forme qui crée le fond. La contemplation du trop plein consumériste, dont Tokyo est la forme ultime nous amène à nous questionner sur l'exacerbation de la pulsion de Mort dans nos sociétés capitalistes. Consommer c'est détruire et quels emblèmes plus signifiants que le Sexe et la Drogue ? Le Love Hotel, évoqué dans une séquence lynchienne, sans doute la plus sombre et la plus belle du film, devient le parangon de la consommation coupable, de l'industrialisation du plaisir, sous toutes ses formes. Le lieu où l'on peut tout se permettre, l'alibi institutionnel de notre chiennerie.

Tout comme aux premiers temps, l'invention du cinéma avait suscité une frénésie créative, une débauche d'images plaisir chez les Méliès, Von Stroheim, Dreyer et autres Fritz Lang, l'évolution numérique provoque chez certains cinéastes contemporains le même enthousiasme de construire, inventer un langage, dépasser les formes académiques qui encombrent tant de Festivals de bon aloi...

Et comme la fiction TV sérielle est devenue l'Eldorado des scénaristes et du Balzacisme narratif, laissons donc, enfin, au cinéma, le champ dans lequel il a excellé depuis les origines : celui de l'Art Plastique ultime, qu'on peut triturer à loisir et sans limite...

Les commentaires sont fermés.