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29/03/2010

Le Manifeste du Parti Gynécétique...

J’ai déjà écrit ma vie avant que de la vivre. Les preuves je les ai. Des dizaines de poèmes plus vaseux les uns que les autres, mal écrits, bourrés de fautes de syntaxes et de rimes pauvres, mais incroyablement vrais, étonnamment prophétiques.
Il y est question d’incapacité d’aimer, de destin tragique, de nombrilisme béat et de dévotion aveugle envers tout ce que la Terre compte de spécimens mâles acceptables.
«Mais pourquoi bourrer de sucre ce qui au fond n’est qu’une histoire de fesses?» me dis-je à chaque fois, lorsque la fin tragique d’une énième relation pseudo amoureuse prend des allures de Titanic lacrymal.
Je me demande souvent pourquoi les hommes prennent tout le temps et le plaisir de me couvrir de miel et d’encens. Font-ils cela avec toutes les femmes, ou suis-je particulièrement bon public?
Mais, quand même, quelle perte de temps! Je parle pour moi, en l’occurrence. Que de temps passé au téléphone, à répondre aux messages nombreux et tous plus onctueux les uns que les autres. Parce que ce temps passé, finalement, ne m’apporte rien. Mieux vaut être culbutée le jour venu, sans préliminaires longuets et épistolaires: le résultat sera le même, une fin de non recevoir, réexpédiée à la destinataire.
Tous les prétextes sont plus imaginatifs les uns que les autres, je pourrais quasiment en faire une Encyclopédie, le Grand Œuvre du Faux-Fuyant et de l’Entourloupette pour Mâle Pressé de décamper.
Je suis de mauvaise foi, bien sûr. Parfois, j’en harponne un et je le tiens tout vif, frétillant au bout de mon arme de chasseresse inexpérimentée. Je le vois gigoter et soudain il perd toute sa saveur.
En ce sens, je suis l’égale des hommes et ce n’est pas pour me déplaire.
Mais comme je déteste ces moments où je suis contrainte de rendre les armes et battre en retraite.
La vie est un combat et mon terrain de jeu est la conquête amoureuse.
J’aime les hommes et balaye incessamment le terrain, en quête d’une nouvelle proie, qui serait, et c’est cela la beauté du jeu: soit mon bourreau, soit ma victime.
Cette incertitude, composée de hasard et de nécessité, est indubitablement ma seule raison d'être.
Enfin... plutôt ma seule raison de non-être... quand je pense à tout ce que j'aurais pu faire et que je n'ai point fait parce que j'ai définitivement braqué ma focale vers le mauvais horizon, celui dont on ne voit jamais rien venir.
J'aurais pu être un éclatant désastre, à l'instar du poète de dix-sept ans, je ne suis même pas.
Certains sont des Has Been, d'autres des Never Been...
...
Et je ne sais que trop à quelle catégorie j'appartiens.

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