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29/03/2010

BOKASSA, LA REPUBLIQUE, LEE PERRY AND ME


Il était dit que ces deux jours seraient "black is black" et "back to black", pour moi...

Arpentant la Place de la République de long en large (plutôt en large parce que c'est moins fatigant), j'assistai hier soir à l'étrange spectacle d'une horde de CRS protégeant les sans-papiers de la Bourse du Travail, des coups de boutoir délicieusement "working class hero" d'ex-fans de Staline (où sont leurs années folles ?) passablement chauffés au rouge...
Y'a maldonne, me dis-je, quelque chose de pourri au Royaume de ma France, et je me suis d'abord mise à rire, tellement la scène était cocasse, et, finalement je me suis rendue compte que les quelques dizaines de démunis-de-papelard, improvisant danses et grands éclats de rire, étaient les seuls à ne pas faire tache de gros rouge dans le paysage urbain et désolé du 10ème arrondissement, côté pas bobo et très prolo.

Ellipse spatio temporelle... et je me retrouve cet après-midi, Gare de Lyon, en train de fumer ma cigarette, au beau milieu des clochards et vagabonds qui hantent les lieux, en tentant d'évacuer leurs souvenirs de gloires passées ou passables, et dont la compagnie est souvent plus roborative que celle des voyageurs pressés, traînant mollement derrière eux, armes, bagages, et marmots hurlant tels des lead singers de New Wave of British Heavy Metal...

Bulle de calme et d'humanité, finalement, dans cet incessant brassage, ponctué des annonces horripilantes d'une speakerine mécanique, nous enjoignant de de ne pas fumer dans l'enceinte fortifiée de la gare, et de se méfier des hordes de pickpockets prêts à détrousser le bon contribuable épargnant le fruit de son labeur, pour pas grand-chose... (Je n'ai pas vu de pickpockets mais uniquement quelques jeunes troufions, le Famass dardé vers l'Ennemi Invisible...)

Passe une espèce de grand gars sautillant, une poignée de livres sur Bokassa à la main.
"Oh beauté naturelle !" dit-il pour m'accoster...
J'aurais pu lui répliquer que mes paradis étaient sans doute plus qu'artificiels, mais je ne l'ai pas fait, trop prise par l'image impériale du Napoléon de Centrafrique...
S'ensuivit un long dialogue où colonisation, décadence de l'Occident, échauffourées et massacres en tous genres, se mêlaient, sans que nous ne nous départissions de notre rire et de notre bonne humeur...

Pour nous, la journée était belle et le jeune ivoirien (qui y voyait sans doute plus clair que bien des prévisionnistes de l'OCDE) s'en repartit colporter sa bonne parole et ses quelques livres, non sans m'avoir encore une fois de plus taxée de "beauté naturelle"... pour le coup, j'avais augmenté mon capital Vanité d'au moins 100%, et je me suis dit qu'hélas cette valeur sûre n'était pas cotée en Bourse (pas celle du Travail, celle de ceux qui font bosser les autres sans jamais avoir entaché leurs blanches mains dans quoi que ce soit), sinon, nous serions tous à peu près milliardaires, à cette heure. Ceci ne nous rendrait pas plus heureux mais le bouclier fiscal, du coup, aurait sacrément plus de gueule, une vraie ligne Maginot, bref...

Une fois dans le train, j'ai songé que Lee Scratch Perry était sans doute le dernier grand génie vivant de la musique, mais que personne ne pleurerait sa mort à venir, à part les jamaïcains, bien sûr, quelques ex-punks un tant soit peu culturés et deux ou trois musicologues...
Et moi, bien sûr...

Alors j'ai écouté Zion's Blood et je me suis dit que Mozart était en vie, qu'il était noir et était né à Kendal, Jamaïque...

Et j'ai pensé qu'après tout, c'était idiot de ma part d'en faire une histoire de peau... c'était une histoire d'homme, et c'est tout...

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