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31/01/2010

Homo Sanatorius Erectus

Quelque part en Suisse, dans un sanatorium pour squelettes antiques et dorés...
...

Jason Del Rey s'ennuyait ferme depuis six mois qu'il était là. Le verdict était tombé près d'un an auparavant, aussi lapidaire qu'un régiment de musulmans s'acharnant sur une femme infidèle : le foie et le coeur s'étaient ligués en rébellion organisée contre des années de mauvais traitements. Le grand viveur qu'il était n'allait pas tarder à aller faire la noce dans l'au-delà, entre les elfes et les démons du stupre et de la fornication.
Son neveu, un jeune homme sage et polytechnicien qui savait prendre les décisions qui s'imposaient, s'était emparé de la tutelle de son vieil oncle, ce qui lui garantissait la gestion d'une immense fortune qu'aucune femme, même pourvue des meilleurs arguments, n'avait jamais réussi à dilapider : Jason Del Rey avait toujours refusé de se marier, et surtout il n'avait jamais perdu la tête, même entre les jambes de la plus divine créature qui soit. Mais il ne pouvait résister à la force de décision de son cher neveu, qui l'avait très habilement réduit à la dépendance, et réussi à lui faire accepter ce séjour dans la clinique du Docteur Schwarz. "Votre dernière chance de vous en tirer" avait-il prétendu. En fait, un mouroir de luxe...Jason Del Rey en était maintenant persuadé.
Très rapidement, Jason s'était rendu compte que le meilleur médecin en l'occurrence, c'était lui-même, avec sa terrible volonté de vivre. Plusieurs fois dans sa vie, il avait échappé à une mort violente, notamment lorsqu'il avait été enlevé dix ans auparavant par une bande de terroristes gauchisants, qu'il avait tourné en ridicule en s'évadant une semaine plus tard, grâce à la complicité de la fille de la bande, une jeune allemande un peu fragile, qui n'avait pas digéré qu'il la livre à la justice, après quelques ébats dans la nature.
Bref, il s'était juré de se remettre et de conjurer le mauvais sort qui se liguait contre lui. Il voyait mourir un à un les pensionnaires de la clinique, se frottant les mains à chaque décès supplémentaires. Son bon état de santé commençait à irriter le personnel soignant, qui se sentait ridiculisé à plus d'un titre : n'étaient-ils pas plutôt des fossoyeurs de la dernière chance plutôt que de véritables aide-malades ?
Mais ceux-là n'étaient pas les seuls à voir Jason d'un mauvais oeil : depuis qu'il était arrivé, il ne s'était pas fait un seul ami. Son insolent bon état de conservation, ses restes de grande beauté, son humour chlorhydrique et son appétit sexuel insatiable avaient fini de dresser contre lui tous les pensionnaires horrifiés de cette dérogation à la norme de bienséante sinistrose en vigueur dans ce genre d'établissement.
Pire encore, aucune femme à son tableau de chasse depuis son arrivée...Cela faisait bien longtemps que ce n'était pas arrivé. Evidemment, il n'avait pas vraiment le choix ici : que des vieilles peaux ou des infirmières arrogantes qui préféraient se faire "honorer" par les chirurgiens dans les salles d'opération. Pourtant, il avait bien failli en coincer une dans la lingerie. Frieda, une solide suissesse aux joues creusées de fossettes, un peu plus aimable que le reste de la population. Cette brave fille était même un peu naïve : Jason lui avait murmuré à l'oreille qu'il ferait d'elle son héritière, et cet argument avait paru la convaincre...Mais, malheureusement, alors qu'elle se mettait à genoux devant lui, le pacemaker de Jason avait fait des siennes.
Frieda l'avait reconduit à sa chambre, rouge de honte (pas lui, elle), grondant et jurant qu'elle avait perdu la tête...et si le directeur l'avait vu...un vieillard de 70 ans...et s'il était mort (pas le directeur, lui)...elle aurait été responsable...elle était une fille convenable...elle...
Il lui avait craché un glaviot à la figure en la traitant de sale putain frigide (ce qui paraissait tout de même inconcevable, mais sait-on jamais ?). Elle lui avait fait une piqûre pour le calmer...par malheur, dans son affolement, elle avait confondu deux produits et lui avait injecté des amphétamines...il avait donc passé trois jours en réanimation. Pour couronner le tout, Frieda avait été renvoyée pour faute professionnelle et incitation de sénile à la débauche, et ce qui restait de population féminine le fuyait comme la peste.
Il avait beau expliquer qu'il ne lui restait qu'un an à vivre au grand maximum, qu'il valait mieux pour lui qu'il fasse marcher le seul de ses organes encore intact, pour oublier ses poumons carbonisés, sa cirrhose, sa pile cardiaque, son cerveau dérangé et ses rhumatismes, bref, personne n'avait eu pitié de lui, et chaque jour, il devenait de plus en plus obsédé par ce qui avait la couleur d'une femme.
...

Londres, Chelsea, un hôtel particulier et beaucoup de palabres...

Victoria Clarke a plus de soixante ans et elle est rongée par un cancer incurable. Elle est encore en forme, le nombre d'amants qu'elle a eu dans sa vie lui a permis de toujours rester de bonne humeur. Ce qui l'inquiète le plus, ce n'est pas d'être malade, c'est de rester enfermée toute la journée dans sa chambre. Pourtant, elle se sent tout à fait capable de sortir et d'aller, comme elle le faisait tous les samedis après-midi dans le salon de thé Pettycoat, à l'angle de Park Lane. On y rencontrait de si charmants jeunes hommes. Et comme elle est une veuve d'aspect encore engageant, c'est tout juste s'il la faisaient payer...
Maintenant, on la cloître comme une vieille grabataire, et pour comble, sa fille et son mari passent leurs temps en conciliabules. Ils essaient d'être discrets, comme si elle était assez bête pour ne pas comprendre ce qui se passe.Et puis ce silence...comme si on veillait un mort ici ! Un mort ! c'est pourtant presque ça...
Jusque là, ils paraissaient tous les deux décidés à s'occuper d'elle jusqu'à ce que...Ce sont de bons enfants, un peu terrorisés quand-même par ses appétits excentriques. Elle ne comprend pas comment sa fille n'est pas comme elle.Tout ce qu'elle a trouvé à faire, c'est de se marier avec un fils de clergyman... Quelle idiotie ! Cette pauvre petite tient vraiment tout de son père.
Et voilà, maintenant, Victoria sait qu'elle ne restera pas longtemps à Londres.Tout ça parce que...
Parce que le mari de sa fille lui a rappelé étrangement un marin espagnol qu'elle a connu au cours d'une croisière à Ténérife en 1935.
Ce doit être pour cela que la semaine dernière, alors que ce cher Andrew lui portait ses médicaments, elle s'est suspendue à son pantalon, en faisant un visible effort pour le déshabiller, pour cela encore, qu'elle lui a hurlé quelques obscénités dans la langue rauque et gutturale de Cervantès.    Le pauvre Andrew a eu l'air gêné, il y a des choses que l'on n'imagine pas dans un milieu ecclésiastique. Gêné, mais tout de même peu prompt à se dégager de l'étreinte de sa belle-mère (dans les deux sens du terme). Il faut dire que Victoria est aussi ridée que la Mer Morte un jour de calme plat et roulée comme une vague de l'Océan Pacifique...Ce n'est pas pour rien qu'elle a fait périr de crise cardiaque une dizaine d'amants effrénés et mourir de chagrin ses deux derniers maris...le premier ayant échappé à la sinistre série en passant l'arme à gauche dans des conditions plus naturelles : il faut dire qu'il avait plus de quatre-vingt dix ans...
Bref, le rejeton de prêtre a fini par se laisser faire, sentant sans doute que la mère était plus à même de l'initier aux joies du cinquième péché capital que son empotée de fille.Sans doute torturé par quelque vieux fantasme (sans jeu de mots s'il vous plaît), il a été bien proche de lui balancer son élixir de jeunesse. Mais à ce moment-là, l'empotée fille sus-nommée (sans jeu de mots s'il vous plaît) a cru bon de faire une courte apparition.
S'en est suivi une pantalonnade sans nom où il était question d'honneur bafoué, de tirades sur la dernière cigarette du condamné, de vieille pipelette et autres je ne vais pas avaler tes couleuvres...
Aux dernières nouvelles, il est question de mettre Victoria en Suisse, dans une bonne maison, où l'on s'occupera bien d'elle, avec des gens respectables de son âge qui la remettront dans le droit chemin, si ce n'est que son chemin à elle, tire à sa fin.
Maintenant, il n'y a plus que sa fille qui vient la voir. Elle lui administre ses médicaments, les dents serrées, les lèvres pincées, et sans décrocher la mâchoire. Quant au pauvre Andrew, il doit faire pénitence certainement, et vu l'échauffement que Victoria a provoqué en lui, Dieu sait que les "lavatories" doivent lui sembler un lieu de délices...
Quant à elle, elle n'a plus que ses souvenirs pour la contenter.Et bientôt il va  lui falloir partir en Suisse, pays de moeurs austères et luthériennes (l'Enfer sur terre) et qui plus est, dans un de ces endroits répugnants où il n'y aura que de vieux agonisants, des momies desséchées dont le seul vice est un anus artificiel ou un poumon d'acier. Elle en est malade, si tant est qu'elle ne le soit pas déjà !
Décidément, la vie n'est pas rose pour les vieilles nymphomanes au bout du rouleau...
...
- Victoria ! Toi ici ? Ah ! ma vieille bourgeoise saoûlarde, j'ai bien cru que j'allais mourir étouffé par ce qui me reste de sève...
- Jason ? Mais c'est merveilleux ! Ca fait tellement longtemps ! Dis-moi, la dernière fois, c'était bien en 1955, du temps où mon pauvre mari (je ne sais plus bien lequel) était ambassadeur à Valparaiso...
- Ca doit être ça...Tu étais si belle, et lui...si distrait...Tu te rappelles, tu t'étais glissée sous la table pendant qu'il était au téléphone. Quand il est revenu, je lui ai dit que tu t'étais absentée aux lavabos pour te rincer la bouche, ce qui n'était pas un bien gros mensonge, et j'ai continué la conversation comme si de rien n'était...
- Ingrat ! comme si de rien n'était...En tout cas, bravo d'avoir eu l'idée de simuler un malaise...Quoique ça n'a pas bien été difficile. Il t'a accompagné sur la terrasse et...Jason, crois-tu qu'il soit possible de renouer avec le passé ?...
...
Il paraît que leurs coeurs ont lâché, simultanément. Ils ne s'en sont même pas rendu compte.
Il a fallu les séparer, ça n'a pas été facile...
Les médecins n'en revenaient pas qu'à cet âge-là, on utilise encore des postures de ce type. Ils ont failli les conserver tels quels dans du formol. Mais les familles n'ont pas été d'accord...une vieille histoire paraît-il...
Même morts, ils ont gardé leur air extasié et lubrique.
Il est des euthanasies plus douces que la lithiase ou l'anus artificiel...
Il paraît que c'est quand-même de mauvais goût...


12:05 Publié dans Short News | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : amour, sexe, vieillesse, mort

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