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19/01/2010

UNE HISTOIRE DU ROCK N ROLL

« Le Rock'n Roll est la Musique du Diable....
« Cet anathème est jeté depuis lors sur une forme d'expression terriblement juvénile et commerciale qui a suscité et suscite encore le rire ou l'effroi, selon les genres. On pourrait supposer que pour les tenants des principales religions, il est en quelque sorte une concurrence malsaine et déloyale. Il rassemble les foules, il déploie une mythologie suffisamment étrange et inexplicable pour bouleverser les faibles, il joue sur deux puissants narcotiques esthétiques que sont l'effet visuel et l'effet sonore, il s'appuie sur une symbolique et une rhétorique à la fois simples et terriblement efficaces. Sublimé par les drogues les plus variées, il est, en soi, un véritable objet d'addiction. Ses produits principaux et dérivés, et là, je vais faire taire de rage certains puristes - qui devront bien un jour se rendre à l'évidence que la plupart des classifications en vigueur ne sont que brouillage de codes et de repères afin d'entretenir le mythe d'une musique brute et originelle, qui, hélas, n'a jamais existé -  ses produits principaux et dérivés, tels que le punk, la hip hop ou bien encore le métal, oui, tout cela forme un ensemble parfaitement cohérent d'incohérence, dont le but, unique, limpide, est de canaliser l'énergie de la jeunesse et d'éviter qu'elle ne se préoccupe de questions plus fondamentales. Oui, on peut l'affirmer avec force, le Rock'n Roll est la Musique du Diable car il enferme dans un univers clos de toutes parts, sans échappatoire... Le jeune, livré, en proie à la séduction tragique et métronomique des notes faciles et des rythmes entraînants, délaisse toute forme de réflexion et d'action sur soi. Le Rock'n Roll est la plus belle entreprise de contrôle et d'asservissement de la jeunesse, jamais tentée par les grands Organisateurs de l'Histoire. Et ce ne sont pas les piètres tentatives de certains protestataires appointés par les maisons de disques qui pourront démontrer le contraire...
»
Cela fait plus d'une heure que l'éminent professeur, philosophe archéo-post-situationniste de son état, parfaitement sanglé dans son costume de branchoïde donneur de leçons, nous fait son showcase impeccable et sans bavures. Chacun de ses mots est une merveille de précision, ses paroles sont aussi flatteuses qu'une sucrerie persane, le sujet passionne chacun des étudiants massés dans l'Amphi crasseux de la fac illettrée d'Aix-en-Provence...
Le Rock est à la mode, le Rock est si esthétiquement correct de nos jours : dans le moindre H&M de Province, des T-Shirts de l'Iguane ou du Vicieux, des floraisons de Baby Rock Groups dans chaque quartier, des revivals de vieilles gloires dans la moindre petite salle de concert. La guitare électrique règne de nouveau en grande prêtresse de la nuit. Jamais on n'aura autant pu se repaître d'étincelles sonores, tout est permis, tout est accessible.
Le Rock est devenu un produit de consommation courante, périssable et renouvelable à l'infini.
Le Rock est devenu un sujet de conversations mondaines, de digressions philosophales, de thèses plus ou moins opportunistes, de biopics aromatisés d'Hollywood Blends...
Son mode de propagation est basé essentiellement sur la contamination : graphique, sonore, esthétique, spirituelle, verbale, textuelle, typographique, gestuelle, stylistique, rythmique...
Jusqu'à ce Professeur des Universités, repu de toute sa suffisance, jeuniste jusqu'à la « lie-de-vingt ans », véritable reproduction académique de la posture sacrée...
C'est une vague relation d'amphi qui m'avait branchée là-dessus...
« Tu devrais venir à ce cours, tu vas voir, c'est génial... ça change de Kant et Spino... Son analogie discursive sur le rocher roulant appliqué au Mythe de Sisyphe , c'est scotchant... »
Quel salmigondis... me suis-je dit en moi-même...
J'y suis allée par curiosité et désoeuvrement, par envie de bailler et de lui en bailler une, si je le pouvais... Effectivement, au bout d'un quart d'heure, je baillais ferme.
« La Mythologie Rock'n Roll est basée sur le principe de l'éternel recommencement. On retrouve systématiquement le même schème : débuts saumâtres, décollage flamboyant, chute, rechute, sursauts, délabrements... indissociables de la toxicomanie et de la perte d'inspiration. Le parcours de la rock star type... »
« Gros débile ! me dis-je en moi-même, Maurice Chevalier était l'archétype des camés, doit-on pour autant l'inclure dans le Hall of Fame des rock stars déchues ? »
Il m'a fallu bien une minute pour m'apercevoir que le silence s'était fait tout autour de moi....
Enfer ! J'avais encore pensé à voix haute, et bien haute, apparemment.
« Mademoiselle, pourriez-vous préciser votre pensée ? »
Quelques ricanements, épars, rajoutaient à la veulerie de l'instant. J'avais deux cents étudiants hostiles tout autour de moi, le regard perforateur du Maître qui fouillait à l'intérieur de moi-même, à la recherche d'un quelconque remords.
Le silence et l'œil poinçonnant faisaient des « alors ? », « expliquez-vous ! », « développez ! », « allez jusqu'au bout de vos idées ! », « exprimez-vous »...
S'exprimer c'est se vider. Je ne répondais rien, je ne rougissais même pas. J'offrais mon versant glacé, face Nord bien lisse, en réponse au charabia putassier du Saint-Officiant.
« Walk in silence,
Dont walk away, in silence.
See the danger,
Always danger,
Endless talking,
Life rebuilding,
Dont walk away...
»

Atmosphere, en réponse. Je m'étais mise à chanter. C'était ma réplique. Ma voix ne tremblera pas. Je n'aurais aucune honte. Rien.
Les rires se tairont. Mon contralto les mettra par terre, tous. Je me lèverai, prendrai mes affaires, je ne cesserai de chanter. Je ne m'arrêterai qu'une fois la porte franchie.
Je sors.
Je suis sortie.
...

Commentaires

hahah.. simply brilliant.. you are a rock star!!!

Écrit par : nitin | 21/01/2010

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